Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

10 novembre 2019

Il y a soixante ans, le 25 novembre 1959 disparaissait Gérard Philipe. Il avait 36 ans à peine, mais une incroyable carrière au théâtre, au cinéma, engagé socialement et politiquement.
Enfant j’ai admiré Gérard Philipe, un de mes premiers films que j’ai vu en salle “Fanfan la Tulipe” m’a émerveillé, il était intrépide, courageux, un modèle pour les enfants de l’époque. Nous chantions “En avant Fanfan la tulipe, en avant…”
Ma mère m’a prénommé Gérard certainement en son honneur, et elle voyait souvent en moi un petit Gérard Philipe.
Bref, j’ai ensuite grandi avec sa grande absence, il avait disparu et je n’ai jamais su comment jusqu’à la lecture du “le dernier hiver du Cid” écrit par son beau-fils Jérôme Garcin qui a épousé sa fille Anne-Marie Philipe, et aujourd’hui nous conte ses dernières semaines, la découverte subite d’un cancer du foie, maladie qui jusqu’à aujourd’hui ne laisse que très peu de temps de survie au patient.
Mais ce qui m’a marqué c’est le parallèle avec l’histoire de mon beau père Haim z’l quand le chirurgien nous a annoncé et nous a assommé en déclarant qu’il lui restait moins de six mois à vivre, et aussitôt la décision familiale de lui cacher le nom et l’ampleur de cette horreur, tout comme cela s’est produit pour Gérard Philipe. Identique avec 26 ans d’écart !

Le cancer de votre mari est très rare, il n’en existe qu’une poignée de cas dans les annales de la médecine. » La tumeur est trop grosse, le mal irréversible. L’ablation n’y changerait rien. Deux des médecins baissent les yeux. Emmitouflée dans son manteau, insensible à la chaleur, au monde réel, Anne est immobile, muette, ses pieds semblent coulés dans du ciment frais.
Le silence s’abat soudain sur cette pièce à côté de laquelle dort, d’un sommeil artificiel, dans la grande nuit de l’ignorance, l’homme de sa vie.

Elle regarde droit le chirurgien et, sur un ton sec qui appelle une réponse sèche, demande simplement : « Combien de temps ? » « De quinze jours à six mois. Six mois maximum. » Ce n’est pas un pronostic, c’est une sentence, et elle est sans appel.
Elle comprend : plutôt quinze jours que six mois. L’avenir, c’est donc demain. Une question d’heures. Le temps d’un soupir. « Et vous ne pouvez pas faire qu’il ne se réveille plus puisqu’il dort encore ? » « Non, madame.

Elle prend alors, à haute voix, sa décision : « Il ne saura pas. »

Ces lignes m’ont faites couler des larmes.

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Mais je reviens au roman, bien écrit, une recherche du moindre mot, c’est presque de la prose.

Ce n’est pas, il en rêve si souvent, il en connaît les moindres allusions. Il la regrette déjà, la fatigue des jours heureux.

Il y a beaucoup de fiction, de narrations inventées pour les besoins de la cause, mais ce qui compte c’est l’impression, l’impression de ce qu’ont pu être les dernières semaines et les derniers jours du grand et doué Gérard Philipe. Il était un favorisé jusqu’au jour où le ciel lui est tombé sur la tête.

« Parmi les heureux de la terre, ne considérez personne comme favorisé du sort avant qu’il ne soit mort.» Euripide

Note 7/10 sur l’échelle RG, en résumé un bel hommage à Gérard Philipe.


Permanent Record d’Edward Snowden

21 octobre 2019

Le titre du livre de Snowden en version française “Mémoires vives” est trompeur et devrait plutôt être “Archive permanente”, car c’est de cela qu’il s’agit d’enregistrement continu de chacun d’entre nous.
Mais auparavant, il faut tirer son chapeau et s’incliner devant Edward Snowden qui pour des raisons d’éthiques, de morale, de valeurs de liberté et de démocratie a dénoncé le système et paie jusqu’à ce jour le prix en se retrouvant en exil à Moscou depuis 6 ans maintenant. Chapeau Ed, pas beaucoup pourraient en faire de même !

C’est un témoignage exceptionnel que Snowden nous présente dans ce livre autobiographique, il explique les raisons qui l’ont poussé en 2013 à transmettre des dizaines de documents secrets à plusieurs médias, révélant au passage l’existence d’un système de surveillance mondiale des communications et d’internet opérée par la NSA.

Snowden a travaillé 7 ans avec la NSA:

Durant ces 7 ans, j’ai pu participer au changement le plus important de l’espionnage américain – le passage de la surveillance ciblées a la surveillance de masse de populations entières.

Grace a la déduplication et aux progrès réalisés en matière de stockage, la NSA pouvait conserver des renseignements bc plus longtemps qu‘auparavant, aujourd’hui elle doit être en mesure de les conserver pendant plusieurs dizaines d’années.
Cette rationalisation répondait au vœu le plus cher du service secret: la permanence, c-a-d stocker une fois pour toutes et a jamais l’ensemble des fichiers afin de constituer une mémoire parfaite: une archive permanente.

Tout a commencé le 11 septembre 2011 mais ….

Au terme d’une décennie de surveillance de masse, l’informatique a prouvé qu’elle servait davantage à brider la liberté qu’a lutter contre le terrorisme.
Une fois que l’omniprésence de la collecte serait associée à la permanence de l’archivage, les gouvernements n’aurait pas qu’a choisir une personne ou un groupe pour les accuser et chercher les preuves opportunes- tout comme je le faisais, quand je cherchais dans les fichiers de l’ agence.

Nos appareils, téléphones portables et ordinateurs, font tous office d’agents recenseurs miniatures que nous transportons sur nous ou dans notre sac a dos, des agents recenseurs qui se souviennent de tout et ne pardonnent rien.

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Oui l’internet d’antan (fin du 20iéme siècle , il n’y a pas très longtemps! ) n’est plus malheureusement l’internet d’aujourd’hui

Le Web creative s’est effondré et une multitude de sites magnifiques, singuliers et pas toujours facile à gérer ont fermé.
Leur maintenance était laborieuse alors les gens les ont remplacés par une page Facebook ou un compte Gmail, plus commodes.
Tout se passait comme s’ils en étaient les propriétaires alors que ce n’était pas le cas. Peu d’entre nous l’ont réalisé à l’époque, et pourtant, plus rien de ce que nous allions partager ne nous appartiendrait. Ceux qui avaient remplacé les acteurs de l’e-commerce qui avaient fait faillite parce qu’ils n’avaient pas quoi nous vendre sciemment trouve un nouveau produit. Ce nouveau produit c’était nous.

Ce qui est terrible en refermant ce livre c’est qu’aujourd’hui rien n’a changé et c’est même pire, Google, Facebook, Amazon nous volent nos informations les plus intimes sans que nous ayons la force et les moyens de stopper cela. Nos informations leur appartiennent plus qu’à nous, regardez le “cloud” (quel beau mot qui fait rêver alors que ces serveurs sont enfoncés sous terre), le cloud ce sont vos photos et qui ne vous appartiennent plus !

« Permanent Record » un must à lire, merci Ed, bon courage, un jour peut être la liberté reprendra le dessus aux États Unis et
tu seras libre. Un leurre peut être, mais un espoir car tout dépend de nous, des jeunes surtout, il suffit de mettre un cross sur Facebook pour que nous puissions revenir au web d’antan. Ce sera le printemps informatique.

PS: Je terminerai avec la question Snowden.
Question: est ce que vous préféreriez laisser vos collègues trainer seuls ds votre maison pendant 1 h ou leur donner accès a votre téléphone ne serait ce que 10 minutes ?


“Passions” déçues de Sarkozy

8 octobre 2019

Je reçois un coup de fil de la bibliothécaire de CSL,
“ BONJOUR / HI ”.
Je réponds “BONJOUR”.
De cette anodine et banale réponse la bibliothécaire en déduit qu’elle doit me parler en français, ainsi vit Montreal en cette veille d’élection fédérale, il ne faut surtout pas choquer quiconque.

– « J’ai pour vous « Passions » de Nicolas Sarkozy, vous pouvez passer le prendre, vous êtes le premier sur la liste, ça me semble un livre passionnant, bonne lecture ! »

Passionnant ! C’est trop dire !
Passions! peut être ! c’est un état affectif intense et irraisonné qui domine quelqu’un.
Sarko a deux passions la politique et Carla.
Première déception, je pensais trouver dans cette lecture l’histoire d’un quinquennat à l’Elysée, les idées d’un Président sur le Monde moderne surpeuplé et mondialisé mais le livre s’arrête avec son élection en 2007.
Seconde déception, c’est un règlement de compte politique au sein de la droite, avec Chirac, avec Villepin, avec Filion, avec …, avec…, et même un règlement avec Ségolène Royal non sur le duel entre les 2 candidats à la Présidentielle mais sur des affaires de famille.
Je pensais que les politiciens avaient une peau d’éléphant pour les protéger de ces combats perpétuels mais leur égo est au delà et leur rancune ne s’efface jamais.
Je croyais trouver de grandes idées de chef d’État, je n’ai trouvé que de la petite politique de partis.
La deuxième passion donc, c’est Carla “je peux maintenant dire que le coup de foudre existe! Il fut immédiatement, immédiat et sans appel.
Un coup de foudre bien sur ça existe chez les jeunes jeunes et les braves naïfs. Nous sommes en 2007, Sarko est quinquagénaire et politicien ! Bon si ça peut lui faire plaisir laissons le croire surtout qu’il me semble que ce livre est l’œuvre d’un nègre littéraire plutôt que de la plume de Sarko, je préfère encore lire Nicolas et Bonsoir les Enfants

Epilogue: Je prends mon téléphone
– BONJOUR / HI
– Library of CSL, HI !
– Can you please réserve me a film or a book on NICOLAS,
….. NO …. not SARKOZY, but NICOLAS AND PIMPRENELLE

Décidément on parle de moins en moins français à Montréal !


Un été avec ….. Homère

31 mai 2019

L’été se fait attendre à Montréal, le 21 juin semble encore loin, donc cet été tant désiré je l’ai devancé avec la lecture d’ « Un été avec Homère » de Sylvain Tesson.
Homére c’est l’Iliade et l’Odyssée, treize mille vers donc la lecture intégrale du poème me semble impossible pour les humains comme vous et moi et réservée aux dieux de la littérature si il en existent.

De l’Iliade et l’Odyssée je ne me souvenais que du titre, mais grâce à l’auteur j’ai retrouvé avec la guerre de Troie, Achille, Ulysse, Hector, la belle Hélène et tant d’autres héros et dieux grecs.

L’Iliade, c’est la folie destructrice des hommes, ce n’est, dit Tesson avec raison ‎״ni l’amour, ni la bonté qui mènent le monde mais la colère״
L’Odyssée, c’est un homme Ulysse qui échappe à la frénésie collective et renoue avec sa condition de mortel, libre et digne. C’est le repos du guerrier, le retour au bercail.

Tout d’abord, il me semble que c’est l’un des roman-poéme les plus vieux du monde, 2700 ans dejá et Homère nous prouve que depuis, même s’il a changé de costume, l’homme est toujours le même personnage, un animal, parfois misérable parfois grandiose, médiocre ou sublime. Rien ne change, rien n’a changé malgré l’internet et l’intelligence artificielle. Et je suis à la fois épaté et ahuri par Homére qui a su nous exposer il y a 2700 ans ״l’homme״ sous ses differentes facettes.

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Message d’Homére pour les temps actuels: la civilisation c’est quand on a tout à perdre; la barbarie quand ils ont tout à gagner. Les Grecs contre les Troyens, Daesh contre l’Occident ect…
Le temps de la guerre n’est pas pour Homère un temps d’exception, il n’est que le révélateur de la constante proximité de la mort qui toujours menace les hommes éphémères.

Je n’ai donc lu de l’Illiade et l’Odyssée que les citations que Sylvain Tesson a bien voulu nous fournir dans son livre mais j’ai vécu et ressenti l’âme du roman.
L’Iliade et l’Odyssée ont certes pour nous une valeur documentaire, mais on trouve en Homère un historien, un géographe, un philosophe, un anthrapologue, un homme d’analyse, le fondateur de la littérature descriptive, bref un divin.

Pour ceux qui comme moi ne pourront se lancer dans la lecture de l’Illiade et l’Odyssée, Sylvain Tesson nous ouvre une fenêtre sur ce monde de la Grece Antique, donc je conseillerais de lire un été avec Homére et pour les plus paresseux d’écouter sur France Inter les differents postcads
https://www.franceinter.fr/emissions/un-ete-avec-homere
de Sylvain Tesson qui ont précedé l’écriture du livre.

— Ô femme, nous sommes tous deux rassasiés d’épreuves,
toi tu attendais en pleurant mon retour,
et moi, Zeus et les autres Dieux me retenaient dans la souffrance, loin de la terre de mes reves.
Maintenant que nous avons retrouvé notre lit, il te faudra veiller sur les richesses qui me restent pour compenser les bêtes que ces arrogants m’ont prises,
j’irai faire razzia, et les Grecs m’en donneront d’autres, jusqu’à ce que j’aie à nouveau mes étables remplies, Mais d’abord il me faut aller à mon verger pour voir mon noble père qui se ronge en mon abscence.

ODYSSEE XXIII

« Ainsi les Dieux n’accordent pas toutes les qualités, beauté, intelligence et éloquence à un seul homme à un même homme:un tel se trouve être, en effet, d’un médiocre visage, mais un dieu orne ses paroles de beauté;chacun le regard avec joie, il discourt avec assurance et une douce modestie, il brille dans la foule et, s’il va par la ville, il est admiré comme un dieu. Un autre, de visage, est comparable aux immortels, mais nulle grâce ne couronne ce qu’il dit. » 

ODYSSEE VIII

Telles les races des feuilles, telles les races des hommes:
tantot tombant sous le vent, tantôt s’accroissant innombrables,
sous la poussée des forets, quand survient la saison printanière ;
ainsi, des générations: l’une croît et l’autre s’efface.

ILIADE VI


« Idiss » ou l’horreur pétainiste alliée des nazis

15 février 2019

« Idiss » est un livre historique, trés pénible, tragique qui met en relief l’horreur pétainiste alliée des nazis. Oui la France a trahi ses citoyens Juifs.

Idiss, c’est la grand-mère juive de Roger Badinter, née en 1863 dans le Yiddishland, à la frontière occidentale de l’Empire russe où un antisémitisme virulent trouvait dans ces régions frontalières un foyer constamment prêt à s’allumer.

Idiss c’est ses deux fils Avroum (23 ans) et Naftoul (21 ans) qui quittent la Russie pour Paris. Ils deviennent des « citoyens français de confession israélite ».

Ce terme « israélite » montrait qu’ils étaient des Français, juifs seulement par leur religion, comme d’autres étaient catholiques ou protestants. La France était leur patrie, le judaïsme leur religion. La République laïque consacrait ces principes. Tout était clair pour ces Israélites français, ardents patriotes et républicains convaincus.

Idiss et sa famille c’est le grand amour pour Paris et la France mais …

Cet amour n’était pas toujours payé de retour. Les Français, en majorité catholiques et ruraux, ne connaissaient souvent des juifs que les clichés hostiles ou méprisants, répétés inlassablement à leur sujet : ils étaient riches, avares et étrangers à la « vraie » France, celle des villages et des églises dont les clochers se dressaient dans le ciel.

Mais bien des Français ne les considéraient pas comme de « vrais » Français, même s’ils l’étaient depuis des siècles. Pour eux, les juifs avaient beau donner tous les gages du patriotisme, ils n’en demeuraient pas moins des étrangers sur la terre de France, plus hospitalière dans ses lois que dans les cœurs.

Pour l’auteur, Robert Badinter, petit fils d’Idiss l’enfance prend fin le 10 mai 1940, lorsque les armées allemandes se ruèrent sur la Hollande et la Belgique et comme pour beaucoup d’immigrés naturalisés, la question se posait toujours : les Français d’origine me considèrent-ils comme un des leurs ?
C’est l’époque des grandes rafles. La population juive étrangère de Paris est plongée dans la terreur. Les juifs naturalisés français découvrent l’abîme qui s’ouvre devant eux.

Dès le mois de juillet 1940, alors que la nation connaissait le pire désastre militaire de son histoire, que le pays tout entier n’était plus qu’un corps blessé, à quoi en effet se consacrait en priorité à Vichy l’entourage du maréchal Pétain, chef de l’État français ? À rédiger des lois contre les naturalisés, les immigrés et les juifs.

Simon Badinter – père de l’auteur – fut arrêté à Lyon, le 9 février 1943, sur ordre de Klaus Barbie, et déporté au camp d’extermination de Sobibor, en Pologne, par le convoi no 53 du 25 mars 1943. Il n’est pas revenu
Naftoul Rosenberg – oncle de l’auteur- fut arrêté à Paris sur dénonciation, et déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau par le convoi no 12 du 29 juillet 1942. Il n’est pas revenu.

Souvent, je me suis interrogé : que pensait-il lorsque, à Drancy, en mars 1943, il montait dans le train qui le conduirait au camp d’extermination de Sobibor, en Pologne ? Arrêté à Lyon par Klaus Barbie, et déporté sur son ordre, c’était aux nazis qu’il devait sa fin atroce, à quarante-huit ans. Mais au camp de Pithiviers ou de Drancy, qui le gardait, sinon des gardes mobiles français ? Tel que je l’ai connu, aimant si profondément la France, a-t-il jusqu’au bout conservé sa foi en elle ? On ne fait pas parler les morts. Mais cette question-là, si cruelle, n’a jamais cessé de me hanter.

Ce recit « Idiss » a valeur d’avertissement, 2019 peut reproduire 1939, il suffit de voir cette nouvelle vague antisémite dans les contours des Gilets Jaunes, les tags antisémites sur un magasin de bagels, la représentation de Simone Weil dégradée par des croix gammées, ect..ect. Paris fait peur mais en 2019 contrairement à 1939 il y a un refuge pour les Juifs, Israel.

PS: ajoutons et c’est terrible
Insultes antisémites contre Alain Finkielkraut en marge de la manifestation des « gilets jaunes » à Paris ce samedi.
« Barre-toi, sale sioniste de merde », « grosse merde sioniste », « nous sommes le peuple », « la France elle est à nous », ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d’apercevoir l’académicien. Oui, encore une fois Paris fait peur!

Note: un livre historique pénible et tragique, on ne peut noter un tel livre sur l’échelle RG.


Diminuer sa dépendance ou l’Art d’être oisif

22 octobre 2018

« Au travail, nous sommes asservis toute la journée à des ‘maîtres’, nous devons suivre les ordres. Et puis nous sortons, et nous devenons les ‘maîtres’ puisque nous pouvons choisir entre telle ou telle marque.

Et les marques disent : ‘S’il-vous-plaît maître, choisissez-moi !’, parce qu’elles veulent notre argent. Donc elles nous font croire que nous sommes les maîtres, quand en réalité, nous restons asservis. […]

Réduire sa consommation, c’est non seulement avoir plus de temps pour flâner, mais c’est aussi diminuer sa dépendance à l’argent.

d’après « l’Art d’être oisif dans un monde de dingue » de Tom Hodgkinson

L’état de somnolence est particulièrement fertile pour l’imagination.

« Rester au lit à ne rien faire est noble, juste et productif »


Roth: les faits, autobiographie d’un romancier

25 juin 2018

J’ai lu beaucoup de romans de Roth, mais il me manquait plutot sa biographie pour essayer de mieux percevoir/comprendre son oeuvre.
Une chance donc de tomber à la bibliothéque sur son autobiographie, « les Faits ».
Roth évoque son enfance, ses parents, ses études mais surtout son fiasco avec la fille de ses rêves blonde aux yeux bleus, qu’il surnomme Josie (en réalitè Maggie Williams mais Roth nous le cache) et qui va le miner, mais une longue psychotherapie le sauvera ou plutot, la mort subite du « monstre » tel qu’il la décrit le libère.

« Si brillants que nous soyons, nous péchons par excès de naiveté, même quand nous avons cessé d’être jeunes. »

Mais l’originalité dans ce livre et la force de l’écrivain, c’est l’analyse qu’en donne en postscritum Zuckerman le heros des romans de Roth ! Je me souviens que Woody Allen faisait sortir de l’écran ses acteurs et les rendaient spectateurs. C’est ce que Roth reussit avec ce coup de force, Zuckerman sort de la fiction et devient le critique de son créateur.

« Parce que les choses qui te minent sont celles dont tu te nourris et dont tu nourris ton talent. »

Aprés tout cela j’en sors encore plus troublé, fiction, réalité, sincerité, omissions, que reste t’il de cette autobiographie, où est le véritable Philip Roth ?

« Les souvenirs du passé ne sont pas les souvenirs des faits, mais des faits tels que vous les avez imaginés. »

Les Faits c’est l’obsession maladive non seulement de Josie mais aussi de Philip Roth et qui nous donne une idée sur la création et la créativité de Portnoy et Zuckerman.
Tout homme est complexe à discerner, Roth et ses relations féminimes le sont encore plus. Roth complexe mais génial encore et toujours.

« J’ai parfois l’impression que les hommes ont une névrose fondamentale dans leur relation avec les femmes. »

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Cher Roth, J’ai lu deux fois le manuscrit. Voici la sincérité que tu exiges: Ne le publie pas; tu vaux beaucoup mieux lorsque tu écris sur moi que lorsque tu rapportes ta propre vie avec « exactitude »…..
Aimablement à toi.

Zuckerman