Le dernier hiver du Cid de Jérôme Garcin

10 novembre 2019

Il y a soixante ans, le 25 novembre 1959 disparaissait Gérard Philipe. Il avait 36 ans à peine, mais une incroyable carrière au théâtre, au cinéma, engagé socialement et politiquement.
Enfant j’ai admiré Gérard Philipe, un de mes premiers films que j’ai vu en salle “Fanfan la Tulipe” m’a émerveillé, il était intrépide, courageux, un modèle pour les enfants de l’époque. Nous chantions “En avant Fanfan la tulipe, en avant…”
Ma mère m’a prénommé Gérard certainement en son honneur, et elle voyait souvent en moi un petit Gérard Philipe.
Bref, j’ai ensuite grandi avec sa grande absence, il avait disparu et je n’ai jamais su comment jusqu’à la lecture du “le dernier hiver du Cid” écrit par son beau-fils Jérôme Garcin qui a épousé sa fille Anne-Marie Philipe, et aujourd’hui nous conte ses dernières semaines, la découverte subite d’un cancer du foie, maladie qui jusqu’à aujourd’hui ne laisse que très peu de temps de survie au patient.
Mais ce qui m’a marqué c’est le parallèle avec l’histoire de mon beau père Haim z’l quand le chirurgien nous a annoncé et nous a assommé en déclarant qu’il lui restait moins de six mois à vivre, et aussitôt la décision familiale de lui cacher le nom et l’ampleur de cette horreur, tout comme cela s’est produit pour Gérard Philipe. Identique avec 26 ans d’écart !

Le cancer de votre mari est très rare, il n’en existe qu’une poignée de cas dans les annales de la médecine. » La tumeur est trop grosse, le mal irréversible. L’ablation n’y changerait rien. Deux des médecins baissent les yeux. Emmitouflée dans son manteau, insensible à la chaleur, au monde réel, Anne est immobile, muette, ses pieds semblent coulés dans du ciment frais.
Le silence s’abat soudain sur cette pièce à côté de laquelle dort, d’un sommeil artificiel, dans la grande nuit de l’ignorance, l’homme de sa vie.

Elle regarde droit le chirurgien et, sur un ton sec qui appelle une réponse sèche, demande simplement : « Combien de temps ? » « De quinze jours à six mois. Six mois maximum. » Ce n’est pas un pronostic, c’est une sentence, et elle est sans appel.
Elle comprend : plutôt quinze jours que six mois. L’avenir, c’est donc demain. Une question d’heures. Le temps d’un soupir. « Et vous ne pouvez pas faire qu’il ne se réveille plus puisqu’il dort encore ? » « Non, madame.

Elle prend alors, à haute voix, sa décision : « Il ne saura pas. »

Ces lignes m’ont faites couler des larmes.

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Mais je reviens au roman, bien écrit, une recherche du moindre mot, c’est presque de la prose.

Ce n’est pas, il en rêve si souvent, il en connaît les moindres allusions. Il la regrette déjà, la fatigue des jours heureux.

Il y a beaucoup de fiction, de narrations inventées pour les besoins de la cause, mais ce qui compte c’est l’impression, l’impression de ce qu’ont pu être les dernières semaines et les derniers jours du grand et doué Gérard Philipe. Il était un favorisé jusqu’au jour où le ciel lui est tombé sur la tête.

« Parmi les heureux de la terre, ne considérez personne comme favorisé du sort avant qu’il ne soit mort.» Euripide

Note 7/10 sur l’échelle RG, en résumé un bel hommage à Gérard Philipe.


Permanent Record d’Edward Snowden

21 octobre 2019

Le titre du livre de Snowden en version française “Mémoires vives” est trompeur et devrait plutôt être “Archive permanente”, car c’est de cela qu’il s’agit d’enregistrement continu de chacun d’entre nous.
Mais auparavant, il faut tirer son chapeau et s’incliner devant Edward Snowden qui pour des raisons d’éthiques, de morale, de valeurs de liberté et de démocratie a dénoncé le système et paie jusqu’à ce jour le prix en se retrouvant en exil à Moscou depuis 6 ans maintenant. Chapeau Ed, pas beaucoup pourraient en faire de même !

C’est un témoignage exceptionnel que Snowden nous présente dans ce livre autobiographique, il explique les raisons qui l’ont poussé en 2013 à transmettre des dizaines de documents secrets à plusieurs médias, révélant au passage l’existence d’un système de surveillance mondiale des communications et d’internet opérée par la NSA.

Snowden a travaillé 7 ans avec la NSA:

Durant ces 7 ans, j’ai pu participer au changement le plus important de l’espionnage américain – le passage de la surveillance ciblées a la surveillance de masse de populations entières.

Grace a la déduplication et aux progrès réalisés en matière de stockage, la NSA pouvait conserver des renseignements bc plus longtemps qu‘auparavant, aujourd’hui elle doit être en mesure de les conserver pendant plusieurs dizaines d’années.
Cette rationalisation répondait au vœu le plus cher du service secret: la permanence, c-a-d stocker une fois pour toutes et a jamais l’ensemble des fichiers afin de constituer une mémoire parfaite: une archive permanente.

Tout a commencé le 11 septembre 2011 mais ….

Au terme d’une décennie de surveillance de masse, l’informatique a prouvé qu’elle servait davantage à brider la liberté qu’a lutter contre le terrorisme.
Une fois que l’omniprésence de la collecte serait associée à la permanence de l’archivage, les gouvernements n’aurait pas qu’a choisir une personne ou un groupe pour les accuser et chercher les preuves opportunes- tout comme je le faisais, quand je cherchais dans les fichiers de l’ agence.

Nos appareils, téléphones portables et ordinateurs, font tous office d’agents recenseurs miniatures que nous transportons sur nous ou dans notre sac a dos, des agents recenseurs qui se souviennent de tout et ne pardonnent rien.

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Oui l’internet d’antan (fin du 20iéme siècle , il n’y a pas très longtemps! ) n’est plus malheureusement l’internet d’aujourd’hui

Le Web creative s’est effondré et une multitude de sites magnifiques, singuliers et pas toujours facile à gérer ont fermé.
Leur maintenance était laborieuse alors les gens les ont remplacés par une page Facebook ou un compte Gmail, plus commodes.
Tout se passait comme s’ils en étaient les propriétaires alors que ce n’était pas le cas. Peu d’entre nous l’ont réalisé à l’époque, et pourtant, plus rien de ce que nous allions partager ne nous appartiendrait. Ceux qui avaient remplacé les acteurs de l’e-commerce qui avaient fait faillite parce qu’ils n’avaient pas quoi nous vendre sciemment trouve un nouveau produit. Ce nouveau produit c’était nous.

Ce qui est terrible en refermant ce livre c’est qu’aujourd’hui rien n’a changé et c’est même pire, Google, Facebook, Amazon nous volent nos informations les plus intimes sans que nous ayons la force et les moyens de stopper cela. Nos informations leur appartiennent plus qu’à nous, regardez le “cloud” (quel beau mot qui fait rêver alors que ces serveurs sont enfoncés sous terre), le cloud ce sont vos photos et qui ne vous appartiennent plus !

« Permanent Record » un must à lire, merci Ed, bon courage, un jour peut être la liberté reprendra le dessus aux États Unis et
tu seras libre. Un leurre peut être, mais un espoir car tout dépend de nous, des jeunes surtout, il suffit de mettre un cross sur Facebook pour que nous puissions revenir au web d’antan. Ce sera le printemps informatique.

PS: Je terminerai avec la question Snowden.
Question: est ce que vous préféreriez laisser vos collègues trainer seuls ds votre maison pendant 1 h ou leur donner accès a votre téléphone ne serait ce que 10 minutes ?


“Passions” déçues de Sarkozy

8 octobre 2019

Je reçois un coup de fil de la bibliothécaire de CSL,
“ BONJOUR / HI ”.
Je réponds “BONJOUR”.
De cette anodine et banale réponse la bibliothécaire en déduit qu’elle doit me parler en français, ainsi vit Montreal en cette veille d’élection fédérale, il ne faut surtout pas choquer quiconque.

– « J’ai pour vous « Passions » de Nicolas Sarkozy, vous pouvez passer le prendre, vous êtes le premier sur la liste, ça me semble un livre passionnant, bonne lecture ! »

Passionnant ! C’est trop dire !
Passions! peut être ! c’est un état affectif intense et irraisonné qui domine quelqu’un.
Sarko a deux passions la politique et Carla.
Première déception, je pensais trouver dans cette lecture l’histoire d’un quinquennat à l’Elysée, les idées d’un Président sur le Monde moderne surpeuplé et mondialisé mais le livre s’arrête avec son élection en 2007.
Seconde déception, c’est un règlement de compte politique au sein de la droite, avec Chirac, avec Villepin, avec Filion, avec …, avec…, et même un règlement avec Ségolène Royal non sur le duel entre les 2 candidats à la Présidentielle mais sur des affaires de famille.
Je pensais que les politiciens avaient une peau d’éléphant pour les protéger de ces combats perpétuels mais leur égo est au delà et leur rancune ne s’efface jamais.
Je croyais trouver de grandes idées de chef d’État, je n’ai trouvé que de la petite politique de partis.
La deuxième passion donc, c’est Carla “je peux maintenant dire que le coup de foudre existe! Il fut immédiatement, immédiat et sans appel.
Un coup de foudre bien sur ça existe chez les jeunes jeunes et les braves naïfs. Nous sommes en 2007, Sarko est quinquagénaire et politicien ! Bon si ça peut lui faire plaisir laissons le croire surtout qu’il me semble que ce livre est l’œuvre d’un nègre littéraire plutôt que de la plume de Sarko, je préfère encore lire Nicolas et Bonsoir les Enfants

Epilogue: Je prends mon téléphone
– BONJOUR / HI
– Library of CSL, HI !
– Can you please réserve me a film or a book on NICOLAS,
….. NO …. not SARKOZY, but NICOLAS AND PIMPRENELLE

Décidément on parle de moins en moins français à Montréal !


Lectures d’été: Changer l’eau des fleurs, plutôt changer les fleurs

11 juillet 2019

Je viens de terminer « Changer l’eau des fleurs » de Valerie Perrin.
Au debut la lecture et le style plutot simple m’ont plu car ils rappelaient l’Elegance du hérisson de Muriel Barbery: une magnifique concierge et içi une impressionnante gardienne de cimetière.
Mais, très vite je me suis senti englouti par les yo-yo de l’écrivaine, chaque chapitre, et il y en a beaucoup (94!),nous ramène à une date antérieure, parfois 2017, de la à 1982 puis retour à 1996 et ainsi de suite. Epuisant, car il devient difficile de suivre le déroulement chronologique, on saute, on sursaute, un vrai yo-yo le tout sur un fond dramatique et illogique avec un final policier plutôt carambolesque.

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Déçu, c’est tout dire, ce n’est pas de la bonne littérature et c’est bien dommage, mais puisque comme tu l’as precisé Laila au Cafe Darnna, l’auteur est la compagne de Claude Lelouch donc ce script conviendrait mieux à un film qu’à un roman, et il est à parier que Lelouch ne ratera pas l’occasion.

Voici les quelques rares citations que j’ai retenu,

Sur les morts et les vivants

Les vivants réinventent souvent la vie des morts.

Quand quelqu’un est parti, il est parti. Sauf dans l’esprit de ceux qui restent. Et l’esprit d’un seul homme est plus grand que l’univers.

Sur le luxe et les vilains defauts,

C’est un luxe d’être propriétaire de son temps. Je pense que c’est un des plus grands luxes qu’un être humain puisse s’offrir.

La gourmandise est un vilain defaut, mais pas un péché

 

Et pour conclure une confession de l’auteure

Vous n’étiez pas la copie de quelqu’un, vous étiez quelqu’un.

PS: Valerie Perrin s’est voulue la copie de Muriel Barbery, c’est raté,
Allons donc, je préfère changer plutôt les fleurs que l’eau des fleurs.

Note: 5 sur l’échelle RG


« Idiss » ou l’horreur pétainiste alliée des nazis

15 février 2019

« Idiss » est un livre historique, trés pénible, tragique qui met en relief l’horreur pétainiste alliée des nazis. Oui la France a trahi ses citoyens Juifs.

Idiss, c’est la grand-mère juive de Roger Badinter, née en 1863 dans le Yiddishland, à la frontière occidentale de l’Empire russe où un antisémitisme virulent trouvait dans ces régions frontalières un foyer constamment prêt à s’allumer.

Idiss c’est ses deux fils Avroum (23 ans) et Naftoul (21 ans) qui quittent la Russie pour Paris. Ils deviennent des « citoyens français de confession israélite ».

Ce terme « israélite » montrait qu’ils étaient des Français, juifs seulement par leur religion, comme d’autres étaient catholiques ou protestants. La France était leur patrie, le judaïsme leur religion. La République laïque consacrait ces principes. Tout était clair pour ces Israélites français, ardents patriotes et républicains convaincus.

Idiss et sa famille c’est le grand amour pour Paris et la France mais …

Cet amour n’était pas toujours payé de retour. Les Français, en majorité catholiques et ruraux, ne connaissaient souvent des juifs que les clichés hostiles ou méprisants, répétés inlassablement à leur sujet : ils étaient riches, avares et étrangers à la « vraie » France, celle des villages et des églises dont les clochers se dressaient dans le ciel.

Mais bien des Français ne les considéraient pas comme de « vrais » Français, même s’ils l’étaient depuis des siècles. Pour eux, les juifs avaient beau donner tous les gages du patriotisme, ils n’en demeuraient pas moins des étrangers sur la terre de France, plus hospitalière dans ses lois que dans les cœurs.

Pour l’auteur, Robert Badinter, petit fils d’Idiss l’enfance prend fin le 10 mai 1940, lorsque les armées allemandes se ruèrent sur la Hollande et la Belgique et comme pour beaucoup d’immigrés naturalisés, la question se posait toujours : les Français d’origine me considèrent-ils comme un des leurs ?
C’est l’époque des grandes rafles. La population juive étrangère de Paris est plongée dans la terreur. Les juifs naturalisés français découvrent l’abîme qui s’ouvre devant eux.

Dès le mois de juillet 1940, alors que la nation connaissait le pire désastre militaire de son histoire, que le pays tout entier n’était plus qu’un corps blessé, à quoi en effet se consacrait en priorité à Vichy l’entourage du maréchal Pétain, chef de l’État français ? À rédiger des lois contre les naturalisés, les immigrés et les juifs.

Simon Badinter – père de l’auteur – fut arrêté à Lyon, le 9 février 1943, sur ordre de Klaus Barbie, et déporté au camp d’extermination de Sobibor, en Pologne, par le convoi no 53 du 25 mars 1943. Il n’est pas revenu
Naftoul Rosenberg – oncle de l’auteur- fut arrêté à Paris sur dénonciation, et déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau par le convoi no 12 du 29 juillet 1942. Il n’est pas revenu.

Souvent, je me suis interrogé : que pensait-il lorsque, à Drancy, en mars 1943, il montait dans le train qui le conduirait au camp d’extermination de Sobibor, en Pologne ? Arrêté à Lyon par Klaus Barbie, et déporté sur son ordre, c’était aux nazis qu’il devait sa fin atroce, à quarante-huit ans. Mais au camp de Pithiviers ou de Drancy, qui le gardait, sinon des gardes mobiles français ? Tel que je l’ai connu, aimant si profondément la France, a-t-il jusqu’au bout conservé sa foi en elle ? On ne fait pas parler les morts. Mais cette question-là, si cruelle, n’a jamais cessé de me hanter.

Ce recit « Idiss » a valeur d’avertissement, 2019 peut reproduire 1939, il suffit de voir cette nouvelle vague antisémite dans les contours des Gilets Jaunes, les tags antisémites sur un magasin de bagels, la représentation de Simone Weil dégradée par des croix gammées, ect..ect. Paris fait peur mais en 2019 contrairement à 1939 il y a un refuge pour les Juifs, Israel.

PS: ajoutons et c’est terrible
Insultes antisémites contre Alain Finkielkraut en marge de la manifestation des « gilets jaunes » à Paris ce samedi.
« Barre-toi, sale sioniste de merde », « grosse merde sioniste », « nous sommes le peuple », « la France elle est à nous », ont crié plusieurs manifestants qui défilaient boulevard du Montparnasse, et qui venaient d’apercevoir l’académicien. Oui, encore une fois Paris fait peur!

Note: un livre historique pénible et tragique, on ne peut noter un tel livre sur l’échelle RG.


L’évangile d’après Judas Iscariote d’Amos Oz

14 janvier 2019

En version française le roman se nomme Judas, mais le titre original est L’évangile d’après Judas homme des Krayot

Un roman simple mais grandiose.
L’écriture d’Amos Oz retransmet en toute simplicité la beauté des choses, de la nature, de Jerusalem, que je regrette de n’avoir pas lu le roman en version originale.

L’histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d’une erreur, de désir,d’un amour malheureux et d’une question théologique inexpliquée.
Trois personnages au total, l’étudiant Shmuel , Wald le vieillard et Atalia la femme

Shmuel
« Il était âgé d’environ vingt-cinq ans, corpulent, barbu, timide, émotif, socialiste, asthmatique, cyclothymique, les épaules massives, un cou de taureau, des doigts courts et boudinés : on aurait dit qu’il leur manquait une phalange. Des poils crépus, comme de la paille de fer, lui poussaient par tous les pores des joues et cou. Sa barbe fusionnait avec sa tignasse frisée et rejoignait les boucles de sa toison. Hiver comme été, il avait l’air survolté, en sueur. « 

Wald
« Un vieil homme, une couverture jetée sur les épaules, tel un châle de prière, était assis derrière le halo lumineux, entre deux chariots métalliques bourrés de livres, de dossiers, de classeurs et de cahiers volumineux. Il parlait au téléphone. Il était laid, de haute taille, les épaules larges, difforme, bossu, le nez acéré comme le bec d’un oiseau assoiffé, le menton pareil àune faux. Une belle chevelure grise, presque féminine »

Atalia
« La belle femme distante au regard perçant et ironique dont la voix chaude au timbre lent et sensuel démentait les sarcasmes »

Un huis clos à premiére vue mais au premier plan le tragique du vécu des personnages, les relations humaines entre l’étudiant et la femme belle et veuve de guerre, sur fond de décor de la Jerusalem partagée d’avant 1967, l’analyse du pour ou contre la création d’un Etat, de la guerre, la force des armes, et surtout le retour sur l’histoire judéo-chretienne et le role que l’Eglise a donné à Judas devenu symbole du traitre puis du Juif.

Amos Oz nous raconte Jésus dans la tradition juive à travers les âges, Jésus et Judas. Jésus et les Juifs.

Jésus était l’unique mortel dont « on peut dire sans exagérer que sa mort a eu plus d’importance que sa vie »

Que de discriminations, de persécutions, de souffrances et de sang innocent versé par nos ennemis au nom de Cet Homme!

Jésus était un Juif pieux qui n’entendait absolument pas fonder une nouvelle religion ni se prendre pour Dieu, et ce n’est qu’après sa mort que la chrétienté aurait dénaturé,le personnage pour les besoins de la cause en lui octroyant une dimension divine.

Jésus n’était pas chrétien. Il est né et il est mort juif. Il n’a jamais eu l’intention de fonder une nouvelle religion. C’est Paul, Saül de Tarse, qui a inventé le christianisme. Jésus lui-même dit explicitement : “Je ne suis pas venu abolir la Loi.” Si les Juifs l’avaient reconnu, l’histoire aurait été différente. L’Église n’aurait pas existé. Et peut-être que l’Europe aurait adopté une version plus souple et épurée du judaïsme. Nous aurions évité l’exil, les persécutions, les pogroms, l’Inquisition, les massacres, les discriminations, sans parler de la Shoah

Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang.

Quelle ironie, nota Shmuel dans son cahier, que le premier et dernier Chrétien, le seul Chrétien qui ne quitta pas Jésus d’une semelle ni ne le trahit, le seul Chrétien à avoir cru en la nature divine de Jésus jusqu’à son dernier souffle sur la croix, le seul Chrétien persuadé jusqu’à la fin que Jésus descendrait de la croix au vu et au su de tous à Jérusalem et dans le monde entier, le seul Chrétien qui ne lui survécut pas, le seul qui fut anéanti par sa mort, ait été considéré par des centaines de millions d’êtres humains sur cinq continents pendant des milliers d’années comme l’archétype du Juif, le plus haïssable, le plus méprisable de tous. L’incarnation de la traîtrise, l’incarnation du judaïsme, l’incarnation du lien entre ces deux concepts

Amos Oz reussit içi une oeuvre magistrale faites de strates qui s’imbriquent, les personnages présents, la guerre d’indépendance , et enfin la vision sur Judas et Jésus.

La vie est comme une ombre qui passe, décréta Gershom Wald. La mort aussi. Seule la douleur demeure. Elle n’en finit pas. Jamais. 

J’ai comparé cela aux 3 personnages. Wald c’est la mort (il a perdu son unique fils à la guerre), l’etudiant Shmuel bien que passif c’est la vie , Atalia c’est la douleur (veuve de guerre).

Parlons donc de guerre, de haine et d’amour….

Toute la puissance du monde ne suffirait pas à transformer la haine en amour. On peut changer un adversaire en esclave, mais pas en ami.

Ai-je dit que la puissance militaire était inutile ? Le ciel nous en préserve ! Une telle ineptie ne me serait jamais venue à l’idée.
Je sais comme vous que c’est la force, notre puissance militaire, qui s’interpose entre nous et la mort, à tout moment, même maintenant, pendant que nous parlons. En attendant, user de la force peut nous éviter d’être exterminés, à condition que nous nous rappelions toujours, à chaque instant, qu’elle n’est qu’un moyen de dissuasion. Elle ne réglera ni ne résoudra rien. Elle ne pourra que différer provisoirement la catastrophe.

Mon cher ami, je ne crois pas en l’amour universel. L’amour est limité par nature. On peut aimer cinq personnes, peut-être dix, très rarement quinze.
Mais ne venez pas me dire que vous aimez le tiers-monde tout entier, ou l’Amérique latine, ou le beau sexe. Ce n’est pas de l’amour, c’est de la rhétorique. Des paroles en l’air. Des slogans. Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu’un petit nombre d’êtres humains. L’amour est une affaire intime, étrange et pleine de contradictions.
On peut aimer quelqu’un parce qu’on s’aime soi-même, par égoïsme, convoitise, par désir ou par besoin de dominer l’ objet de cet amour, le soumettre ou, à l’inverse, se livrer à lui. Au fond, l’amour est pareil à la haine, encore plus qu’on le croit. Ainsi, par exemple, qu’on aime ou qu’on déteste quelqu’un, on cherche toujours à savoir où il se trouve, avec qui, s’il va bien ou non, ce qu’il fait, à quoi il pense ou s’il a peur de quelque chose. “Rien n’est plus trompeur que le cœur humain. On ne peut rien y comprendre”, dit le prophète Jérémie. Thomas Mann a écrit quelque part que la haine n’est autre que l’amour affecté du signe “moins”. La jalousie est la preuve que l’amour est semblable à la haine car dans la jalousie, amour et haine se confondent. Le Cantique nous dit dans le même verset : “L’amour est fort comme la mort, la jalousie inflexible comme l’enfer. »

Tout le monde ou presque traverse l’existence, de la naissance à la mort, les yeux fermés. Vous et moi, mon cher Shmuel, ne faisons pas exception. Les yeux fermés.
Si on les ouvrait une fraction de seconde, on pousserait des hurlements effroyables sans jamais s’arrêter. Sinon, cela voudrait dire que nous avons toujours les yeux fermés

L’évangile d’après Judas homme des Krayot d’Amos Oz est un chef d’oeuvre litteraire, de style, de caractères, d’analyse des personnages, de points de vue historique sur la creation de l’Etat d’Israel et sur la conception de Judas et Jesus vu à travers le prisme de ses concitoyens les Juifs. Un must dont je recommande la lecture surtout à une époque où les grands ecrivains du XX éme siècle ont tous disparus et le XXI éme n’est pas encore au niveau.

Note 9/10 sur l’échelle RG, un must à lire


Harari et les 21 leçons pour le XXIe siècle

23 novembre 2018

Dans l’introduction du livre Yuval Harari écrit:

« Dans un monde inondé d’informations sans pertinence, le pouvoir appartient à la clarté »
mais son livre se perd dans l’immensité des sujets, il tire dans toutes les directions en citant ou se basant sur les sujets et recherches « à la mode ».
En particulier ses idées se focusent sur la crise du liberalisme et sur la revolution de l’IA (intelligence artificielle).

Il me semble que les sujets et développements évoqués dans ce livre conviendraient mieux à une serie de confèrences plutot qu’un livre dispersé, d’ailleurs la plupart des 21 sujets évoqués pour le 21eme siécle étaient deja d’actualité au 20eme siécle: travail, liberté, égalité,civilisation, religion, émigration, terrorisme, guerre, dieu, laicité et ces sujets seraient mieux traités par des philosophes style Michel Onfray.

L’auteur donne trop d’importance à l’IA aujourd’hui encore bagayante et la confond avec les algorithmes reliés au big data.

‘Les algorithmes répéteront donc des erreurs à cause de données insuffisantes, de programation défaillante, d’objectifs confusément définis et de la nature chaotique de la vie.

Quand à la crise du libéralisme et du retour au nationalisme ou du repli sur soi-même, il serait du à mon avis au fait que les GAFA detiennent les fortunes, créant ainsi une minorité d’employés aux salaires mirobolants face aux employés du monde avec des salaires minimums, sans avantages sociaux et de securité.

Les 100 personnes les plus riches possédent plus que les 4 milliards les plus pauvres.

A ce stade il est evident que le peuple rejette le liberalisme qui l’exploite.

J’ai retenu chez Yuval Harari 2 points interessants, le premier c’est l’apport de la guerre dans le passé contrairement à aujourd’hui où la guerre n’apporte aucune valeur ajoutée au vainqueurs.

En 1846, les EU envahirent le Mexique, ils conquirent la Californie, le Nevada, l’Utah, l’Arizona, le nouveau Mexique ainsi que des parties du Colorado, du Kensas, du Wyoming et de l’Oklahoma. Le traité de paix confirma aussi l’annexion du Texas. Autour de 13000 soldats américains tomberent au cours de cette guerre qui ajouta 2,3 millions de km2 aux EU (plus que la superficie combinée de la GB, France , Espagne et Italie. Ce fut la bonne affaire du millénaire

Le second a trait à la « verité »
Si vous ne pouvez vous permettre de perdre du temps, jamais vous ne découvrirez la vérité.

Aujourd’hui qui a du temps à perdre ? Presque personne donc la vérité si elle existe nous échappe.

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Voiçi qq citations/idées interessantes tirées du livre d’aprés les sujets évoqués

Liberté

Les algorithmes répéteront donc des erreurs à cause de données insuffisantes, de programation défaillante, d’objectifs confusément définis et de la nature chaotique de la vie.

Nous ne cherchons plus les informations, nous googlisons.
Et plus nous nous en remettons aux réponses de Google, plus notre capacité de chercher des informations par nous mêmes diminue. Dores et dejà la « verité » se definit par les premiers résultats sur Google

Egalité

Si la mondialisation et l »Internet comblent l’écart entre les pays, ils menacent de creuser le fossé entre les classes.

Communauté

Nous sommes plus intéréssés par ce qui se passe dans le cyberespace que par ce qui se produit dans la rue. Il m’est plus facile que jamais de parler avec mon cousin en Suisse, mais il m’est devenu plus difficile de parler avec mon mariau petit dejeuner, parce quil ne cesse de regarder son smartphone plutot que moi..

Civilisation

L’islam n’a pas d’ADN fixe. Il est ce que les musulmans en font.

Les gens que nous combattons le plus sont souvent les membres de notre famille. L’identité se definit par des conflits et des dilemmes plus que par des accords.

Guerre

La bombe atomique a transformé en suicide collectif la victoire dans une guerre mondiale


Dieu

Pour autant que les chercheurs le sachent, tous ces textes sacrés ont été écrit par un Homo sapiens imaginatif. Ce ne sont que des histoires inventées par nos ancetres pour legitimer les normes sociales et les structures politiques.

Ignorance

Les spécialistes d’économie comportementale et de psychologie evolutionniste, on l’a vu, ont démontré que la plupart des décisions humaines reposent sur des reactions émotionelles et des raccourcis heuristiques plutôt que sur l’analyse rationnelle

D’un point de vue évolutioniste, se fier au savoir d’autrui a été extremement profitable à Homo sapiens

Justice

Le systéme est structuré de telle sorte que ceux qui ne font aucun effort pour savoir peuvent demeurer dans une ignorance béate, tandis que ceux qui en font auront le plus grand mal à decouvrir la verité.

Post-vérité

Un mensonge raconté une fois reste un mensonge; débité un millier de fois, il wdevient la vérité.

Education

Que devrions nous enseigner ?
Les « quatres C » : pensée critique, communication, collaboration et créativité.

En conclusion Harari écrit
Ma decouverte majeure est que la source la plus profonde de ma souffrance réside dans les configurations de mon esprit.

Dans le chaos de la vie moderne, l’auteur se tourne vers la meditation, d’autres se retourneront vers la synagogue ou le boudhisme, mais enfin Harari ce n’est pas 21 lecons sur le 21 siecle c’est la fuite que vous nous proposez.

Drole de 21e siecle ou Harari dédie ses 21 lecons à son mari alors que pour moi on a un mari que si l’on est femme, sinon c’est un compagnon. C’est la 22eme leçon de ce bouquin fourre tout. Harari est un historien, un historien peut analyser et comprendre le passé c’est ce qu’il a fait avec succés dans son premier livre bestseller « Sapiens une brêve histoire de l’humanité », ici il anticipe le futur c’est raté ! Chacun a ses competences , prédire l’avenir n’a jamais reussi à Homo Sapiens et c’est notre chance.

Note: 4/10 sur l’échelle RG