Roth: les faits, autobiographie d’un romancier

25 juin 2018

J’ai lu beaucoup de romans de Roth, mais il me manquait plutot sa biographie pour essayer de mieux percevoir/comprendre son oeuvre.
Une chance donc de tomber à la bibliothéque sur son autobiographie, « les Faits ».
Roth évoque son enfance, ses parents, ses études mais surtout son fiasco avec la fille de ses rêves blonde aux yeux bleus, qu’il surnomme Josie (en réalitè Maggie Williams mais Roth nous le cache) et qui va le miner, mais une longue psychotherapie le sauvera ou plutot, la mort subite du « monstre » tel qu’il la décrit le libère.

« Si brillants que nous soyons, nous péchons par excès de naiveté, même quand nous avons cessé d’être jeunes. »

Mais l’originalité dans ce livre et la force de l’écrivain, c’est l’analyse qu’en donne en postscritum Zuckerman le heros des romans de Roth ! Je me souviens que Woody Allen faisait sortir de l’écran ses acteurs et les rendaient spectateurs. C’est ce que Roth reussit avec ce coup de force, Zuckerman sort de la fiction et devient le critique de son créateur.

« Parce que les choses qui te minent sont celles dont tu te nourris et dont tu nourris ton talent. »

Aprés tout cela j’en sors encore plus troublé, fiction, réalité, sincerité, omissions, que reste t’il de cette autobiographie, où est le véritable Philip Roth ?

« Les souvenirs du passé ne sont pas les souvenirs des faits, mais des faits tels que vous les avez imaginés. »

Les Faits c’est l’obsession maladive non seulement de Josie mais aussi de Philip Roth et qui nous donne une idée sur la création et la créativité de Portnoy et Zuckerman.
Tout homme est complexe à discerner, Roth et ses relations féminimes le sont encore plus. Roth complexe mais génial encore et toujours.

« J’ai parfois l’impression que les hommes ont une névrose fondamentale dans leur relation avec les femmes. »

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Cher Roth, J’ai lu deux fois le manuscrit. Voici la sincérité que tu exiges: Ne le publie pas; tu vaux beaucoup mieux lorsque tu écris sur moi que lorsque tu rapportes ta propre vie avec « exactitude »…..
Aimablement à toi.

Zuckerman


Un homme, de Roth à Camus

4 juin 2018

Roth a 73 ans lorsqu’il publie « Un homme ».
Un homme, c’est vous, c’est moi, c’est l’experience du corps humain de la naissance à la mort. Retrospective:

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La mort …..

Le plus accablant, c’est de constater une fois encore la réalité écrasante de la mort.


mais auparavant …..

« Le terme de l’échéance te laisse tout loisir de t’angoisser quant à la catastrophe ultime! »

« 22 ans s’écoulèrent, 22 ans sans croiser l’adversaire qu’est la maladie, ni la catastrophe qui guette en coulisses ». On peut donc continuer à jouir de la vie.

La mélodie du bonheur …….

« Ils avaient passé un mois fabuleux à se baigner, à marcher, et à faire l’amour en toute liberté à toute heure du jour. Ils traversaient la baie à la nage pour gagner une chaine de dunes à l’abri des regards, et ils baisaient sous le soleil, puis se tiraient de leur torpeur, enfilaient leurs maillots et retraversaient la baie pour ramasser sur les rochers des grappes de moules qu’ils rapportaient dans un petit seau plein d’eau de mer et mangeaient le soir même. »

mais l’age faisant ….

« Il faut prendre la vie comme elle vient. Tenir bon, et prendre la vie comme elle vient. Il n’y a pas le choix. »

« C’est la douleur ou toi qui commande, choisis. »

« A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie de l’enfance. »

On retrouve donc dans ce roman les thémes récurrents de Roth, sexe, vieillesse, et religion bien sur…...

« Il avait cessé de prendre le judaisme au sérieux dès l’age de 13 ans. »

« La Religion était une imposture qu’il avait démasquée très tôt dans sa vie; elles lui déplaisaient toutes; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile; il avait horreur de l’immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides.
Ce n’était pas lui qui serait dupe de ces balivernes sur la mort et sur Dieu, ou de ces fantasmes de paradis d’un autre âge. Il n’y avait que le corps, né pour vivre et mourir selon des termes décidés par les corps nés et morts avant nous. »

Avec « Un homme » Roth a touché juste, là precisement sur ce qui nous terrifie tous: la mort, mais en attendant dit-il vivons, prenons notre sort en main, avec courage et sans le parapluie des superstitions et religions.
J’ai l’impression de retrouver Albert Camus.


Découvrir une auteure australienne, Karen Viggers

16 mai 2018

Je viens de lire « La mémoire des embruns » de Karen Viggers.

Pourquoi donc ai-je plutôt du mal à écrire une critique du livre et de donner mon avis sur ce livre?
L’histoire est intéressante, les personnages agréables malgré leurs petits caractères, on découvre les plages sauvages des iles de Tasmania au sud de l’Australie, l’Antartique n’est pas bien loin, c’est dépaysant et y vivre en hiver c’est plutot le goulag.
Pourquoi donc ? Peut être que le ton du roman est monotone contrairement à la nature environnante, et dés le debut du roman on devine ce que seront les suites.
Monotone mais agréable, et puis on découvre – c’est rare – une auteur australienne, Karen Viggers.
Le titre du roman a été traduit par la mémoire des embruns alors que l’original est « la femme du gardien du phare », mais aujourd’hui on n’est plus la femme de …. mais plutot soi-même. Imaginez que l’on surnomme Brigitte par la « femme de Macron »!

Mais au fait qu’est un embrun ? Je n’avais jamais entendu ce mot qui veut dire « Poussière de gouttelettes formée par les vagues qui se brisent, et emportée par le vent. » On est bien en Tasmania et l’Antartique n’est pas bien loin.
Je me perds… mais je recommande ce livre monotone dans une nature agitée.

Quelques citations, toutes d’une force psychologique intense.

« Les vieillards se ressemblaient tous, seul l’inventaire de leurs maux les distinguait lex uns des autres »

« C’est ce que nous sommes, luis dis-je. Des animaux. Meme si nous nous donnons beaucoup de mal pour le cacher. Il s’agit d’un fait biologique; une force supérieure à la volonté individuelle. »

« Vous aviez beau tracer des plans pour l’avenir, l’inattendu survenait toujours pour changer le cours des choses. Personne n’y pouvait rien. »

« Mais j’ai beau ne pas être tout à fait comme les autres, j’ai les mêmes besoins. L’amour, la compagnie, l’espoir, le travail, les loisirs. »

« Jeune, on pense que l’existence n’a pas de fin. Et, quand la vie vous rattrape au tournant, on regrette de ne pas avoir mieux utilisé son temps. »

« L’affection, la patience et une aptitude à bien communiquer, voilà trois pillers puissants. Les mariages dureraient peut-être plus longtemps s’ils tenaient sur d’aussi solides fondations. »

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Et aussi,

Sur l’amour au siécle dernier:
« Il ne s’était presque rien passé en réalité: une étreinte, quelques baisers. Mais la glace était rompue; devant eux se déroulait un long chemin pavé d’intentions cachées, une graine avait germé, une promesse pointait à l’horizon. »

Sur un coté sexy:
« Mais comme il fait chaud dans le cabanon, elle a déboutonné le haut de sa chemise. Je vois sa clavicule, l’éclat satiné de sa peau, le va-et-vient de haut en bas de ses seins en rythme avec sa respiration. C’est très sexy. »

Sur une femme de caractère:
« Un Emma doit avoir auprès d’elle un assistant qui sait la prendre. Elle est autoritaire, elle a besoin de tout controler. Il faut en avoir conscience si on travaille avec elle. Si vous parvenez à eviter ce problème, vous êtes promis tous les deux à de grandes choses. C’est une gentille fille mais une forte tête. L’affronter ne vous menera à rien. »

Tiens, ça j’aurais du le savoir il y a 40 ans! Que se serait-il passé si….. Mais le passé est mort, on ne le réécrit pas dit l’auteure.

Note: 6 sur l’échelle RG


De bon coeur avec Alain Vadeboncoeur

28 avril 2018

« Desordonnances », d’Alain Vadeboncoeur.

On peut interpreter Desordonnance soit par le fait de rejeter son ordonnance (des-ordonnance) soit par le désordre du systeme pharmaco-medical (desordre-ordonnance).
L’auteur, chef du service de medecine d’urgence à l’institut de cardiologie de Montreal, nous conseille une approche médicale pragmatique et peu interventionniste: prescrire moins de traitements, eviter les tests médicaux couteux et peu informatifs, ignorer les remèdes farfelus, genre homéopathiques, et surtout surtout faire du sport, manger mieux, ne pas fumer ect…

Il nous eclaire tout d’abord sur certains aspect d’analyses statistiques dans les recherches pharmaco-medicales:

« Qui parle de probabilité utilise nécessairement le langage des statistiques, à la fois précis et quelque peu obscur et, surtout, assez facile à distodre selon les intentions des chercheurs ou de ceux qui les ont commandités. »

« En cette matière, les cas spécifiques ne contredisent pas les règles générales, ils démontrent simplement que nous ne controlons pas tout et que le hasard, est souvent maitre du jeu. »

« Il y a tjs, parmi les 27 millions recensées par Pubme, des études appuyant n’importe quel concept et que cette cueillette sélective de l’information scientifique est malhonnête…. « 

Nous sommes en face d’une somme d’informations qui dépasse nos capacités d’absorption !!

Tout cela du coté macro, mais passons au coté micro, c’est à dire vous et moi.

Il faut savoir que ce qui se passe dans la cellule en laboratoire et dans la vraie vie dans le corps humain, ce sont 2 choses différentes. »

Les supplements:
« Les substances bonnes pour la santé n’ont que peu ou pas d’effets quand on les avale sous forme de tels suppléments. »

« La plupart des suppléments, vitaminés ou non, n’améliorent donc que la santé des compagnies qui les produisent. »

Les superaliments:
L’important, ce n’est donc pas de miser sur le curcuma, mais juste de bien manger afin d’absorber des nutriments variés, parce qu’il semble que ce soit dans la complexité et la combinaison que les aliments sains produisent leurs meilleurs effets.

Les antibiotiques:
Fuyons les! mais saviez vous que 80% des antibiotiques produits en Amerique du Nord sont administrés aux animaux, fuyons donc le plus possible la chair animale!

Pression artérielle:
élevée ? Les suivis sur 60000 patients prouvent que cela ne sert á rien de courir à l’urgence qui vous feront des analyses couteuses et dangereuses.
Un truc pour abaisser la pression quand elle monte c’est de la mesurer à repétition, et de se relaxer.

Les enrhumés:
Fuyez les enrhumés, prenez du zinc, il diminue l’intensité des rhumes et la durée des symptomes.

Enfin, souvenez vous que les tests médicaux mentent des fois. On appelle ça des faux positifs. Sur le tapis roulant il est -ouvrez bien vos oreilles- de 25% même si le coeur de ces personnes est parfaitement sain !!

Compliquée cette médecine moderne,

je me languis du mercurochrome et de la teinture d’iode de mon enfance, cela plus quelques remedes de mon arrière grand mère (ail, badigeonnages ) m’ont appris à fuir les médecins et m’ont preservé des ravages de la médecine moderne.

Citations:

Le cerveau ajuste le gout du vin au cout de la bouteille

.


Couleurs de l’incendie de Pierre Lemaitre, un must à lire !

23 avril 2018

Voiçi un bon roman qui joint action, intrigue, personnages interessants, faits historiques qui sont aussi incroyablement les réalités que nous confrontons aujourd’hui (fraude fiscale, boursicotage par exemple), un bon style litteraire, des idées intéressantes, bref notre monde, la vie.

Mais c’est aussi et surtout la vengeance d’une mère pour venger son fils devenu handicapé suite à des sevices sexuels.
« Elle céda à la rancune. Comme toujours. »
Peut-on le lui reprocher, après qu’elle ait été trahie par ses proches et collaborateurs sensés la servir ?

A une époque où il est devient de plus en plus difficile de trouver des bons auteurs français, des veritables écrivains et non des inventions d’editeurs de best-sellers, Pierre Lemaitre est là pour nous signifier qu’il y a encore de l’avenir et des surprises dans la litterature française, heureusement car ces derniers mois, deçu je me suis retourné vers la litterature italienne, americaine ou hongroise.
Couleurs de l’incendie un must à lire !

Quelques citations interessantes:

Un enfant est comme un bloc de pierre dont l’enseignant est le sculpteur.

– Sur le lecteur et le journaliste:

2 qualités indispensables au métier de journaliste: être capable de discourir sur un sujet auquel on ne connait rien et décrire un evénement auquel on n’a pas assisté.

– Si un evénement est grave , les journaux ne parleraient que de ça!
– Ils ne sont pas payés pour en parler, voilá tout! Paye-les, ils en parleront. Paye-les à nouveau, ils se tairont. Ils ne sont pas là pour informer, les journaux, où te crois-tu ?

Une chose que les lecteurs adorent, c’est d’imaginer que les gens plus intelligents pensent les mêmes choses qu’eux, ça les flattent. Mais aussi pour être lu, il faut de la simplicité. C’est affaire de dosage.

– Sur l’état du monde hier comme aujoud’hui d’ailleurs:

Ils pensaient que l’on traversait une crise, par définition passagère, et ne comprenaient pas que c’était un nouvel état du monde qui s’était installé durablement.

– Sur les relations humaines:

Plus vous êtes respecteux avec les subordonnés, plus ils vous craignent, ils sont impresssionnés, ils se sentent presque menacés par cette politesse, c’est une loi de la psychologie.

C’est dans les moments difficiles que se jugent les âmes fortes.

On en veut toujours un peu à ceux qui nous ont fait du bien.

– Enfin sur ce qui fait marcher les hommes: l’argent et les femmes

La conversation suivait un parcours immuable. La politique d’abord puis l’économie, l’industrie, on finissait toujours par les femmes. Le facteur commun à tous ces sujets était évidemment l’argent.
La politique disait s’il serait possible d’en gagner, l’économie, combien on pourrait en gagner, l’industrie, de quelle manière on pourrait le faire, et les femmes, de quelle façon on pourrait le dépenser.

Et pour conclure,

Il la porta sur le lit où il la baisa longuement, calmement et en détail

Vous conviendrez que c’est bien dit, poetique et sensuel. Pierre Lemaitre, quel maitre!

Note: 7/10 sur l'échelle RG


L’amie prodigieuse – l’enfant perdue ou volume IV d’Elena Ferrante

5 mars 2018

Ce volume IV de la serie est superflu, la narration est lineaire et terne. Ce n’est pas de la litterature c’est de la narration simplette, preuve que les bons écrivains sont une espèce en voie de disparition.
Au final il n’y aura eu que le premier tome sur l’enfance qui fut interessant.
Elena Ferrante a profité de cette reussite pour nous faire acheter et ingurgiter encore 3 tomes, joli coup de marketting des editeurs.

Dans ces 600 dernieres pages j’ai retenu qq citations interessantes, brèves mais de poids dans le style Ferrante.

Pour écrire, il faut désirer que qq chose te survive

Pour monter n’importe quel projet auquel lier ton nom, il faut de l’amour de soi.

Qu ‘une bonne règle générale était de ne pas trop en demander, et de profiter de ce qui était possible.

Alors apaise-la! – Et comment ?. Elle sourit: « avec des mensonges. C’est bc mieux que les tranquilisants.

L’amour et le sexe sont irrationnels et brutaux.

Si l’enfer existe, il existe dans sa tête insatisfaite.

Les idéaux, c’est juste pour le décor.

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Les vrais intellectuels, il y en a très peu. La plupart des gens cultivés passent leur vie à commenter paresseusement les idées des autres.

C’étaient des années compliquées. L’ordre du monde dans lequel nous avions grandi se dissolvait.
L’exploitation de l’homme par l’homme et la logique du profit maximal, qui par le passé avaient été vues comme des abominations, étaient redevenue partout la clef de voute de la liberté et de la democratie
.

Jusqu’à present on a pas decouvert qui se cache derriere le pseudonyme Elena Ferrante mais on pourra dorenavant la suivre chaque semaine dans une colonne sur The Gardian où elle nous livrera son mode opératoire.
https://www.theguardian.com/books/2018/feb/03/elena-ferrante-on-writing-a-diary#img-1

Note: 5 sur l’échelle RG
A LIRE OU A RELIRE SUR LE MEME THEME:

– Enfin un roman gai

– Elena Ferrante volume II

 


4 3 2 1 zero!

18 février 2018

Le dernier Paul Auster 4 3 2 1 est un fiasco littéraire, et ce pour plusieurs raisons:
Un livre de plus de 900 pages ne doit pas être monotone, il l’est.
Auster a voulu nous offrir en parallèle une anthologie de l’americain way of life des annèes 50-60, ce n’est pas le travail d’un écrivain mais celui d’un journaliste.
Se souvenir des écrivains, chanteurs, musiciens de l’èpoque c’est de la nostalgie mais pas du roman.
Se perdre dans les meandres du baseball sur plusieurs pages c’est bon pour un supplement sport mais pas pour un roman.
Le titre d’ailleurs me rappelle les 4 3 1 1 joueurs d’une equipe de base ball
Enfin Il n’y a pas d’idees intellectuelles ou philosophiques interessantes dans ce livre.

auster-main

Decevant au possible c’est plus un testament de l’Amerique qu’autre chose.
Le roman est conté d’une manière plate et monotone.
L’idee de faire mourir le père du heros puis le heros et continuer les chapitres comme si ils n’etaient pas mort est plutot simplette. De plus lui faire amputer 2 doigts à l’age de 14 ans après qu’il soit decedé dans le chapitre precedent est sordide. Et ce pauvre garçon est en plus confronté à une experience homosexuelle. C’est trop ! Là j’ai arreté de lire ……
La presse , elle, loue 4 3 2 1 pour des raisons èconomiques avant tout.
J’ajouterais donc un 0 au titre: 4 3 2 1 0 ! Ça doit mieux convenir.

Paul Auster a voulu trop faire, il a èchoué, il aurait du prendre exemple de Philip Roth qui a compris qu’il vaut mieux larguer les amarres plutot que deriver dans l’écriture.

Dommage! On attendait beaucoup et on attend toujours beaucoup plus de Paul Auster.