Lectures hivernales II, Attachement féroce de Vivian Gornick

21 janvier 2018

Cet hiver je me suis tourné vers la litterature étrangére, des auteurs hongrois, italien, chinois et américains.

Une mére, une fille. Elles s’aiment profondément. Se haissent éperdument. Impossible de vivre ensemble, impossible de se separer pourtant. Voila, tout est dit c’est le coeur du probléme, tout le roman autobiographique se deroule autour de cette relation.


« Nous sommes toutes deux prisonnières d’un étroit tunnel intime,passionné et aliénant. »

La mére a 77 ans et la fille 45 , les Drucker, Zimmerman, Rosemann et autres personnes autour ne sont que le decor autour duquel la relation mére-fille, amour-haine gravite.

‘Des qu’elle m’aperçoit, elle me dit: « tu me hais. Je sais que tu me hais. »
Elle est tout autant capable d’arreter un inconnu dans la rue et lui lancer; « c’est ma fille, elle me hait » . Puis elle se retourne vers moi et me dit d’un ton suppliant: « qu’est ce que je t’ai fait pour que tu me haisses autant? « . Je ne réponds jamais. Je sais qu’elle brule et je suis contente de le voir bruler. Pourquoi? Parce que, moi aussi, je brule intérieurement
.

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La force de Vivian Gornick est que malgré sa prison interieure elle arrive à analyser objectivement ce tunnel infernal

Pour definir l’auteur je ne peux que reprendre sa citation ( sur Mrs Kerner)
« Elle est une narratrice fascinante, une veritable conteuse: avec elle, grace au miracle de la narration, chaque petit bout d’experience prenait forme et signification ».

Ses envies sont simples mais imperatives.Elle vit ses desirs comme une necessité. Et là, maintenant il lui faut une tasse de café.

Elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas mon ironie. Elle ne comprend pas non plus qu’elle me detruit. Elle ignore que je prends son angoisse sur moi, que je suis dévastée par sa dépression. Comment peut-elle le savoir? Elle ne se rend même pas compte de ma présence.

Et ce combat ne depend pas de l’age des belligerants:
« J avais 17 ans, elle 50. Je n’étais pas encore une belligérante aguerrie, juste une adversaire respectable, tandis qu’elle était au summum de son art. Les lignes de front étaient bien tracées, et ni l’une ni l’autre ne se dérobaient au combat. On se jetait sustematiquement sur l’appât de l’autre. Nos crises n’étaient pas sans impact sur l’appartement: la peinture cloquait, le linoléum se craquellait, les vitres tremblaient. Nous n’étions jamais trés loin d’en venir aux mains et, à plusieurs reprises nous avons frisé la catastrophe.

Oui narratrice fascinante, veritable conteuse et analyse en profondeur font que ce roman autobiographique est un chef d’oeuvre publié en 1987 mais traduit en français qu’en 2017, 30 ans plus tard. Un must donc à decouvrir.

Note: 7 sur l’échelle RG

PS: Une citation humouristique mais vibrante pour un laique:

Le fait qu’il soit rabbin à Jerusalem prouve à quel point il s’est perdu, non à quel point il s’est trouvé
.

Enfin un fait plutot insolite
Le jeune frere de ma grand mére qui avait le meme age que l’aine de ma grand mére
Pas si insolite, mon oncle avait le meme age que son oncle, c-a-d que mon arriere grand mére et ma grand mére ont accouché ensemble un certain mois de 1925.


Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke

22 janvier 2016

Je suis toujours lecteur prenant quand il s’agit des romans de Laura K, j’ai donc lu en e-book ‘Un oiseau blanc dans le blizzard’, drole de titre mais il s’agit de son deuxième roman écrit au siécle dernier (1998) et il ressemble en bien des points au futur et chef d’oeuvre « Esprit d’hiver ».

Ce qui est marquant içi c’est la relation mère-fille analysée par la fille adolescente puisque la mére a disparue.

« Personne ne la voit s’en aller, mais elle est bel et bien partie. »
« Tu as l’air de ce que j’étais quand j’étais toi. »

La jalousie et l’amour d’une mère se juxtaposent.

« Ma mère était toujours au centre de sa propre agitation, comme si, au loin, une partie d’elle même était poursuivi sur un chemin de terre, par un essaim d’abeilles. »

« Elle était tellement méchante. Un cas très classique de ressentiment et d’ambivalence, qui vient cogner et frotter contre l’instinc maternel. L’amour et la haine, en elle, étaient aussi vastes que l’espace – rien que des météorites, pas d’atmosphère. »

« Et pourtant, chaque après-midi, ma mère. – prévisible, fiable- venait m’attendre. Et le matin, quant elle me lachait devant l’école, elle me serrait dans ses bras, elle m’embrassait les cheveux 2 ou 3 fois, puis la joue et le haut de mon crâne.
« A tout à l’heure, aprés l’école » disait-elle, en me regardant avec douceur, comme une chanson triste que l’on a entendue tant de fois à la radio que l’on n’en perçoit plus la tristesse. »

« Je lui ai parlé (nb: à la psychologue) de la nuit où ma mère est entrée dans ma chambre et a tiré violemment les draps et la couverture dans lesquels je dormais, pour me demander si je baisais avec Phil, elle m’avait ensuite traitée de putain en ajoutant que j’étais trop grosse et trop moche pour plaire à un garçon comme ça. »

Mais quelle mère peut faire une chose pareille ? répond la psychanaliste.

Il n’empêche que c’était mon premier rendez vous et que j’étais sa fille unique, son double plus jeune, tout ce qu’elle avait, tout ce qu’elle avait jamais eu, et qu’elle aurait jamais, j’étais toute sa vie qui se poursuivait sans elle ….
Deja, elle commencait à s’évanouir et à disparaitre.

Je portais peut-être sa jeunesse comme une echarpe aérienne, comme un accessoire, tout en éclats nerveux et en perles collantes, et c’est peut etre pour cela qu’elle passait autant de temps à me regarder avec cette expression mélancolique dans les yeux.
Je portais qq chose qui lui appartenait, qq chose qu’elle voulait récupérer. C’était écrit partout sur son visage.

Relation mére-fille, sujet connu et souvent classique mais içi et avec Laura Kasischke il est poussé à l’extreme puisque la mére lui piquera son petit copain.
Comme elle le dit si bien « En une tentative d’exprimer comment on vit tous, à la merci du hasard, des accidents de nos propres pulsions et de l’aléatoire de nos désirs individuels. »

Un fascinant roman et un talent incroyable et je n’évoquerai pas içi le denouement du roman, ça c’est une autre histoire, du Hitchcock !

Note 8/10 sur l’echelle RG 

 

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