la phrase du jour de Luc Ferry

1 juin 2011

Cet « ancien ministre s’est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. »

De qui s’agit il ? A défaut d’un déliement des langues hypocrites de ceux politiciens/journalistes qui savent et qui se taisent, il ne reste plus qu’à dresser la liste des ministres du gouvernement Raffarin 2 (juin 2002- mars 2004) sur la page Wikipedia, donc le nom de l’un d’entre eux ne saurait tarder à être diffusé sur le web. Retombée collaterale de l’affaire DSK!


Marrakech, le départ

22 novembre 2009

Dans Marrakech, le départ, Daniel Sibony fait remonter toutes les images du passé, celles qui lui font revivre son enfance et sa jeunesse, entre bien-être et misère, bonheur et détresse, exil et ancrage, dans une tradition millénaire.

Compte tenu des réflexions sociologiques, psychanalytiques et philosophiques de Daniel Sibony, Marrakech, le départ pourrait s’intituler Casa le départ ou Meknes le départ. Il est représentatif de notre départ, de chacun de nous, nous Juifs du Maroc et peu importe que ce fut en 1955 ou en 1970. A quelques variations près, ces images nous les connaissons, nous les avons vécues et ressenties.

On n’avait ni frigo, ni radio, ni eau courante. Mais on avait l’ électricité, le prof de geo disait « le Maroc c’est le Moyen Age plus l’électricité« . Le ton est donné, nous sommes dans les années 40.

Les images défilent et se succèdent. On asperge le patio pour se rafraichir, puis c’est l’heure du thé à la menthe et des biscuits légers poudrés de sucre (hloua dl’zine), les voeux (ezi nakhou besk), le mauvais oeil (sscoua ll’khla), le samedi après midi avec la sieste qui s’impose après la skhina, les réveils matinaux par le muezzin du coin, le kanoun à charbon(l-mzmr) qu’on allume pour réchauffer la maison, la mère qui pétrit le pain puis vient jeter au feu un petit bout de pâte.

Il y a l’ambiance du quartier/mellah, la prière pour la pluie, les lamentations de Tish’a beav, les chants de mariage, les vêtements neufs faits par le tailleur pour les fêtes, les insultes( llahi-qssar’amrk!), les bénédictions (llah itouwl’amrk), les rabbins «  les discours de ces maitres ne changeait pas« , les études rabbiniques autour d’un verre de mahia, les pèlerinages, les ventes de privilèges pour « monter » à la Thora ou ouvrir l’ Arche,  » Je m’amuse à guetter les petits gestes et les rictus de ceux qui montent l’enchère. Quand ils l’emportent le gérant les bénit, si l’enchère a bien monté il les bénit intensement« , et sur la synagogue,  » Cette synagogue je l’ai dans les veines par tous les chants qu’on y criait . »

Les ambiances souvenons nous, Pourim (lkrada) avec ses jeux de cartes, la Mimouna , « chacun baise la main au grand père » , les youyous (Trbhou!, Tsa’dou!), et surtout le goût des beignets: « C’était une fête d’en avaler une bouchée; toute la vibration de la faim vous afflue dans la gorge et vient fondre la dans une sorte d’attendrissement ou les yeux deviennent humides.  »

« Nous sommes tous liés par une intense proximité ou la tendresse, la médisance, la querelle, le mauvais oeil s’entremêlent dans une présence qui nous porte et nous contient, nous enveloppe et nous étouffe. »

Mais il y a aussi le milieu ambiant pas toujours amical.
« Il y avait eux (mslm), nous et les chrétiens(nsara). » La relation de la rue est entre eux et nous, quant aux francais ils sont inacessibles. La relation se fait à travers la culture grâce à la bibliotheque ou l’auteur lit le Comte de Monte Cristo ou pour se divertir, Paris Match.
«  J’aurais aimé discutter de Moliere ou de Musset avec les hommes en djellaba et en tarbouch qui venaient à la maison mais c’était impensable. »

 » Le Mellah offre un décor moyenageux baigné de calme et de lumiere. Mais le vrai danger au retour de l’école comme a l’aller c’est de recevoir des pierres jetes par un jeune mslm ou par plusieurs. »


Chemin faisant, Daniel Sibony m’a fait decouvrir le secret de nos mères, cette bénédiction qu’elles avaient de faire beaucoup avec peu de moyens.
 » On va partir, en attendant un gout de bien être émane de nos maisons, le bien être tenait beaucoup à la saveur des repas, repas exquis ou nos mères noyaient la pénurie dans un solide savoir faire qui a traversé les siecles.
Cette double impression de détresse et de bien être, je la vois dans les rues dans ce mélange de dénuement et d’abondance. « 

Le départ qui s’impose ….
 » Nous étions dans le pays depuis 20 siècles, bien avant eux, bien avant qu’ils ne le conquièrent, mais justement ils l’ont conquis, alors on s’est retrouvés chez eux, on n’était pas chez nous.
Apres le départ des francais, le notre s’est imposé. A croire qu’on ne pouvait redevenir leurs « protégés », et que pour nous, vivre libres parmi eux n’était pas évident.
Pour nous en revanche, le départ est sans retour. c’est un exil qui prend la suite d’un autre exil ou nous étions chez nous. »

Et le voila parti à 13 ans avec son frère, son aîné de 1 ans et demi.. De la gare de Marrakech, via Casa, Marseille et enfin Paris.
« Et j’ai mis du temps à voir qu’il fallait être ailleurs tout en gardant un pieds ici; qu’être ailleurs sans être ici, c’etait de la fuite. Oui l’ailleurs n’a d’intérêt que si on peut y apporter ce qu’il y a ici, même en pensée. »

La prise de conscience……
« Ils auraient pu nous malmener davantage et ils ne l’ont pas fait. A peine de temps à autre quelques bouffées de violence venues de loin, d’une hostilité archaique. »

 » C’était pourtant un drôle de petit peuple que le notre: animé, pittoresque, bariolé, aves ses sages, ses riches, ses pauvres, ses érudits, ses cinglés, ses audacieux. Et il quitte ville et villages, il s’en va sans un bruit, sans demander son reste ni s’expliquer avec personne; sans en parler sauf à titre personnel, quelques fois avec le même refrain « Ce n’était plus possible. » Il se disperse entre France, Canada, Israel et cela semble aller de soi. »

Nostalgique, mais aussi analytique de notre vie, sur cette « hostilité mutuelle bienveillante », de nos peurs, de notre fuite, ce livre est un must, à lire pour mieux cerner ce qu’a été la vie des Juifs au Maroc durant près de 2000 ans avant et pendant la génération départ.

Daniel Sibony y apporte une analyse lucide, sociologique et sentimentale d’une époque qui fut et ne sera plus. Son témoignage est le notre. Un très bon livre ou le psychanalyste et le romancier se rejoignent. Dommage qu’il ait cru bon de monter autour de ce témoignage un roman entre le marocain Haim Bouzaglo et une ashkenaze d’origine allemande. Même les psychanalystes fantasment parfois….
Merci Daniel Sibony pour ce beau et véridique témoignage sur les Juifs du Maroc.

* Cet article a été publié auparavant sur darnna.com