O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie de Philip Roth

30 octobre 2011

Le dernier roman de Philip Roth « le rabaissement » qui aurait plutôt pu/du être traduit (du mot anglais « the humbling ») par « l’humiliation », car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Philip Roth a 78 ans et reporte sur son heros Axler âgé lui de 66 ans l’humiliation, la désolation et le rabaissement qu’est la vieillesse. L’âge d’or dit on ironiquement alors qu’il s’agirait plutot de l’âge de la rouille.

Dans la première phrase du roman tout est dit : « Il avait perdu sa magie« , et tout en découle !

« à un certain degré de détresse, on est prêt à tenter n’importe quoi pour expliquer ce qui vous arrive, même si l’on sait que cela n’explique rien du tout, et que les explications infructueuses ne font que se succéder les unes aux autres »

Pour Axler alias Philip Roth la vie n’est qu’un répertoire dramatique: « …se préparant à aborder, en puisant dans le vocabulaire de la psychologie de bazar ou de la presse à sensation la plus vulgaire les thèmes ancestraux du répertoire dramatique: l’inceste, la trahison, l’injustice, la cruauté, la vengeance, la jalousie, les rivalités, le désir, le deuil, le déshonneur et la douleur. »

Et la dernière phrase du roman n’est que le résultat de la première phrase car aux temps de gloire ne subsistent que le désespoir et le suicide.
« Il avait réussi son geste, lui, la star reconnue, dont on avait jadis salué de tous cotés la puissance de jeu et qui, du temps de sa gloire attirait au theatre une affluence de spectateurs. »

Plutôt triste de voir la vie coté pile|face (choisissez!) lorsque le meilleur s’est retiré.
« ll faut savoir,
Encore sourire,
Quand le meilleur s’est retiré,
Et qu’il ne reste que le pire,
Dans une vie bête à pleurer.
 » (C.Aznavour)

Peut être lorsque le meilleur s’est retiré, il reste encore famille, enfants, petits enfants, amis et inconscience ? Axler lui, avait trop conscience!

Cette conscience de la déchéance chez l’homme existe depuis les temps antiques, il suffit de relire « Le Cid » et écouter Don Diègue le père de Rodrigue (Le Cid)
Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers 

Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers ?
Mon bras qu’avec respect tout l’Espagne admire,
Mon bras, qui tant de fois a sauvé cet empire,
Tant de fois affermi le trône de son roi,
Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi ?
Ô cruel souvenir de ma gloire passée !

Philip Roth est souvent cité parmi les favoris du Prix Nobel de littérature, mais ne l’a pour l’instant pas reçu, quelle anomalie !

PS: Merci Sylvia pour le livre!