Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke

22 janvier 2016

Je suis toujours lecteur prenant quand il s’agit des romans de Laura K, j’ai donc lu en e-book ‘Un oiseau blanc dans le blizzard’, drole de titre mais il s’agit de son deuxième roman écrit au siécle dernier (1998) et il ressemble en bien des points au futur et chef d’oeuvre « Esprit d’hiver ».

Ce qui est marquant içi c’est la relation mère-fille analysée par la fille adolescente puisque la mére a disparue.

« Personne ne la voit s’en aller, mais elle est bel et bien partie. »
« Tu as l’air de ce que j’étais quand j’étais toi. »

La jalousie et l’amour d’une mère se juxtaposent.

« Ma mère était toujours au centre de sa propre agitation, comme si, au loin, une partie d’elle même était poursuivi sur un chemin de terre, par un essaim d’abeilles. »

« Elle était tellement méchante. Un cas très classique de ressentiment et d’ambivalence, qui vient cogner et frotter contre l’instinc maternel. L’amour et la haine, en elle, étaient aussi vastes que l’espace – rien que des météorites, pas d’atmosphère. »

« Et pourtant, chaque après-midi, ma mère. – prévisible, fiable- venait m’attendre. Et le matin, quant elle me lachait devant l’école, elle me serrait dans ses bras, elle m’embrassait les cheveux 2 ou 3 fois, puis la joue et le haut de mon crâne.
« A tout à l’heure, aprés l’école » disait-elle, en me regardant avec douceur, comme une chanson triste que l’on a entendue tant de fois à la radio que l’on n’en perçoit plus la tristesse. »

« Je lui ai parlé (nb: à la psychologue) de la nuit où ma mère est entrée dans ma chambre et a tiré violemment les draps et la couverture dans lesquels je dormais, pour me demander si je baisais avec Phil, elle m’avait ensuite traitée de putain en ajoutant que j’étais trop grosse et trop moche pour plaire à un garçon comme ça. »

Mais quelle mère peut faire une chose pareille ? répond la psychanaliste.

Il n’empêche que c’était mon premier rendez vous et que j’étais sa fille unique, son double plus jeune, tout ce qu’elle avait, tout ce qu’elle avait jamais eu, et qu’elle aurait jamais, j’étais toute sa vie qui se poursuivait sans elle ….
Deja, elle commencait à s’évanouir et à disparaitre.

Je portais peut-être sa jeunesse comme une echarpe aérienne, comme un accessoire, tout en éclats nerveux et en perles collantes, et c’est peut etre pour cela qu’elle passait autant de temps à me regarder avec cette expression mélancolique dans les yeux.
Je portais qq chose qui lui appartenait, qq chose qu’elle voulait récupérer. C’était écrit partout sur son visage.

Relation mére-fille, sujet connu et souvent classique mais içi et avec Laura Kasischke il est poussé à l’extreme puisque la mére lui piquera son petit copain.
Comme elle le dit si bien « En une tentative d’exprimer comment on vit tous, à la merci du hasard, des accidents de nos propres pulsions et de l’aléatoire de nos désirs individuels. »

Un fascinant roman et un talent incroyable et je n’évoquerai pas içi le denouement du roman, ça c’est une autre histoire, du Hitchcock !

Note 8/10 sur l’echelle RG 

 

A LIRE OU A RELIRE SUR LE MEME THEME:

– Esprit Laura Kasischke

Lectures d’étè, lectures de guerre ou lectures de fuite

 

 


Les revenants de Laura Kasischke

1 juin 2015

Le plus beau/réussi des romans de Laura Kaschicke, le plus long aussi 665 pages en 100 chapitres, et j’ai dégusté chaque jour un, deux ou trois chapitres comme on déguste un bon vin qu’on ne veut pas finir pour continuer à l’apprécier.

 

Toute l’essence des romans de Laura Kasischke se retrouve dans les revenants, la vie d’abord face à la mort, des gens ordinaires comme vous et moi, l’imprevu, le suspense et enfin le choc de la fin. C’est la vie et ses moments ordinaires mais aussi l’angoisse car l’imprevu frappe au moment ou l’on s’attend le moins.
Apres La vie devant ses yeux, A suspicious river, En un monde parfait et Esprit d’hiver, Les revenants est le summum de cet ecrivaine aux yeux bleux et doux mais aux angoisses tragiques. Un roman à lire et même à conserver dans sa bibliothèque privée.

Le roman est très habilement construit dans la mesure où il procède à des retours en arrière racontées par les quatre personnages principaux de l’histoire ( Craig, Perry, Mira et Shelly ), chacun ayant sa vie qui est un roman en soi.
Une seule remarque cependant, il était superflu à mon avis d’écrire un épilogue 14 ans plus tard. En plus de 600 pages tout était dit, inutile d’en rajouter.

Au final, les revenants de Laura Kasischke  -puisque je l’ai comparé à un vin-  est un grand cru 2011 (date de parution) ou 2015 (date de lecture).

PS: la traduction en francais emprunte beaucoup à Google translate et laisse parfois à desirer. Un exemple: « Parce que les jumeaux en sont, eux, des garçons. Du sexe masculin si tu préfères »
Dommage! De plus en plus j’ai l’impression qu’un livre traduit passe par Google pour ensuite recevoir des retouches, mais aussi beaucoup d’oublis de correction.

Note 8/10 sur l’echelle RG 

 

A LIRE OU A RELIRE SUR LE MEME THEME:

– Esprit Laura Kasischke

–  Lectures d’étè, lectures de guerre ou lectures de fuite

 

 


Esprit Laura Kasischke

11 décembre 2014

Marathon Laura Kasischke, j’ai lu à la suite « Dans un monde parfait« , « Esprit d’hiver« ,  et « La vie devant ses yeux« .
 
Je passe sur « Dans un monde parfait » car si le monde était parfait, Laura K n’aurait pas écrit ce roman de fiction ce qui n’est pas mon genre préfèré.

« Esprit d’hiver » c’est du classique Laura Kasischke. J’ai eu une satisfaction continue tout le long du roman. Arrivé à la dernière page à cause d’une erreur d’horaire (ou de traduction d’horaire) je me suis mis à me poser des questions, mais si toute l’histoire n’était pas le recit de Holly (la mére, flashant dans le passé de sa fille bébé)  mais plutôt l’imaginatif de Holly, tout serait diffèrent. Je me suis donc aussitôt mis à relire le roman pour mieux comprendre et la encore, un vrai plasir cette relecture.
C’est la force de Laura Kasischke de prendre un simple événement un jour de Noel et de le tranformer en une histoire tragique que nul lecteur n’aurait imaginé avant la fin du livre. Kasischke est une romancière mais aussi un ecrivain de suspense à la Hitchkock. La est sa force, la est son attrait littéraire.

« La vie devant ses yeux » est dans le meme esprit, la mére et la fille comme dans le roman précèdent avec continuellement des flash de retour sur sa jeunesse, et ce n’est qu’à la fin du roman que l’on fait le parallèle avec le début de l’histoire.
La encore le tragique est plus violent ou virulent que ce que le lecteur a pu s’imaginer tout le long du roman: c’est ce que j’appelle l’esprit Kasischke.
Tout est calme dans la vie de tous les jours, on dirait que la vie est un long fleuve tranquille,  mais c’est un calme trompeur car tout fini très agité dans les romans de Laura Kaschiske.

« Prendre connaissance des horreurs de ce monde et ne plus y penser ensuite,, ce n’est pas du refoulement. C’est une libération

Pour la première fois, elle comprenait le sens d’échec et mat et ce que cela signifiait que d’être un simple pion.

Personne ne naît sans héritage.
Comment avait-elle pu croire pendant toutes ces années, qu’il en était autrement?
Holly aurait dû savoir mieux que quiconque que les gènes sont le destin.
Que le passé réside en soi.
Qu’à moins de le trancher ou de se le faire amputer par opération chirurgicale, il vous suit jusqu’au jour de votre mort
.


Lectures d’étè, lectures de guerre ou lectures de fuite

19 août 2014

Lectures d’étè, lectures de guerre ou lectures de fuite, je ne sais comment nommer mes lectures actuelles, cette année l’été ne se fait pas trop ressentir, la guerre a étè trop longue et je n’ai pas reussi à fuir avec mes lectures.
J’avais choisi pourtant deux canons de la litterature contemporaine, Laura Kasischke (dur à prononcer! dites kasischki tout simplement) avec son premier roman « a  suspicious river » et le goncourt 2012 « Le sermon sur la chute de Rome » de Jerome Ferrari.

Les deux auteurs sont des poétes sans aucun doute, mais Laura aprés m’avoir émerveillé dans le premier chapitre d’environ 100 pages où on se sent concerné et témoin de l’histoire, m’a tout simplement deçu dans la suite et j’ai cru que le livre avait étè ecrit dans le but d’en faire un thriller hollywoodien. Décevant mais je continerai à chercher ses livres car je sens une main d’artiste.

Je me croyais assez pale et mince pour être jolie, mais trop pale et trop mince pour être belle.

La guerre se poursuivant, j’ai lu « Le sermon sur la chute de Rome » en espérant la chute du Hamas mais Gaza n’est pas Rome et Rome n’est pas Jerusalem.

Les mondes passent, en vérité, l’un aprés l’autre, des ténèbres aux ténèbres, et leur succession ne signifie peut-être rien.

Il fallait maintenant offrir à un monde disparu le tribut de symboles qu’il réclamait pour s’effacer definitivement et laisser enfin sa place au monde nouveau.

Tout est la, les ténèbres des terroristes, les ténèbres des souterrains creusés á Gaza, les ténèbres de la guerre. Finalement ce livre convenait à l’ambiance des destructions aux alentours et à ma souffrance suite aux 64 jeunes soldats tombés au combat, bêtement, pour la guerre.

Il écoutait sans rien dire les mensonges de l׳évangéliste car il savait ce qu’était une apocalypse et il savait qu’à la fin du monde le ciel ne s’ouvrait pas, qu’il n’y avait ni cavaliers ni trompettes ni nombre de la bête, aucun monstre, mais seulement le silence, si bien qu’on pouvait croire qu’il ne s’était rien passé. Non, rien ne s’était passé, les années coulaient comme du sable, et rien ne se passait encore et ce rien étendait sur toute chose la puissance de son régne aveugle, un règne mortel et sans partage dont nul ne pouvait plus dire quand il avait commencé.

Le poéte, le psychologue et le philosophe se rejoignent sous la plume de Jerome Ferrari,une phrase c’est plus de 200 mots ou 1000 caractères, virgules comprises. Une pluie de virgules, et le resultat est une noblesse de l’écriture chez Jerome.

Voici quelques citations qui m’ont touché sur la fin du monde, la philosophie, l’université et la mutation present-futur, les imbeciles. 
En fermant le livre, la guerre a aussi pris fin, heureusement car les ténèbres du mal  ont été si fortes dans la lumiere de l’été 2014.

Comme si le fait d’étudier la philosophie leur conférait le privilége de comprendre l’essence d’un monde dans lequel le commun des mortels se contentait bêtement de vivre.

Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

L’Université n’était pour lui qu’une étape nécessaire mais insignifiante sur un chemin qui devait le mener vers la consécration des plateaux de télévision où il avilirait publiquement, en compagnie de ses semblables, le nom de la philosophie, sous l’oeil attendri de journalistes incultes et ravis, car le journalisme et le commerce tenaient maintenant lieu de pensée.

Il faut lutter pour ne pas devenir inerte soi-meme et se laisser engloutir comme par des sables mouvants

L’enfance l’a marqué d’un sceau cruel dont rien ne pourra le liberer.

A moins qu’il ne fut au fond un imbécile qui se réjouissait d’avoir rencontré un autre imbecile avec lequel il pouvait proférer à son aise toutes sortes d’imbécillités. 

Peut être a-t-il gardé en lui la conviction profonde que ce monde est mauvais et ne mérite pas que l’on verse des larmes sur sa fin. Oui, le monde est rempli des ténèbres du mal, il le croit toujours, mais il sait aujourd’hui qu’aucun esprit ne les anime, qui porterait atteinte à l’unité du Dieu eternel, car les ténèbres ne sont que l’abscence de lumière, de même que le mal indique seulement la trace du retrait de Dieu hors du monde …

Oui, le monde est rempli des ténèbres du mal, Laura Kasischke et Jerome Ferrari m’ont convaincu.

Note 6/10 sur l’echelle RG pour A suspicious river et 8/10 sur l’echelle RG pour le sermon sur la chute de Rome