Shusaku Endo, douleurs exquises

23 novembre 2013

Recueil de nouvelles, livre passionnant, « douleurs exquises » est avant tout  la découverte  d’un grand ecrivain japonais  Shusaku Endo, due au hasard de « fouines » chez mon (fameux) bouquiniste de Jerusalem.

Endo, l’auteur est gravement malade  « Quelle pitié d’être aussi faible devant la douleur physique », et son recueil est un retour sur sa jeunesse, mais aussi sur la souffrance des kakuré ces chrétiens qui furent persécutés au Japon. Le christianisme fut en effet interdit pendant la période Edo, en 1614 (les persécutions ne finirent qu’à la fin du XIXème siècle).

Les kakuré (chrétiens clandestins)  mènent une double vie, mentant au monde sans jamais montrer aux autres le fond de leur coeur. Devant les fonctionnaires, les kakuré prétendaient bien sûr être boudhistes.
Les kakuré c’est finalement la version des marranes juifs persécutés un siécle plus tôt par les chrétiens, rien de différent, l’autorité locale forcant à renoncer aux croyances, pourchassant, massacrant et les croyants obligés de cacher leurs rites et les appliquant en secret. Au final les boudhistes appliquant aux chretiens les mêmes méthodes que ces derniers utilisaient contre les Juifs. Ah l’homme cette bête!

Mais « douleurs exquises » est plus que ce compte rendu du passé, dans chaque recueil l’auteur réussit en quelques lignes à créer le décor de l’action, à créer l’ambiance et lorsque nous l’imaginons il nous conte à travers la vie de  Nosé et Egi (et leurs souvenirs) la faiblesse de l’homme, faiblesse face à la maladie, à la souffrance.
L’homme n’est donc que cette lutte éternelle entre le courage et la lâcheté.

Citations:
Ce genre de chose, c’est comme une catastrophe naturelle. Plus on résiste, plus on le paie cher.

Il n’est pas possible d’éprouver du déplaisir ou de l’agacement envers quelquechose qui, au fond, vous est indifferent, que vous n’aimez pas.

La famille, on ne peut compter dessus. On a beau être soeurs, une fois mariées, cela ne veut plus rien dire.

Note 8/10 sur l’echelle RG, et si vous ne connaissiez pas Shusaku Endo, courrez l’acheter, le plaisir de sa lecture vaut la course.