Camus sur Hiroshima, relire 70 ans aprés et toujours d’actualité

8 août 2015

      Le monde est ce qu’il est, c’est-à-dire peu de chose. C’est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d’information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d’une foule de commentaires enthousiastes que n’importe quelle ville d’importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d’un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l’avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Nous nous résumerons en une phrase : la civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes scientifiques.

      En attendant, il est permis de penser qu’il y a quelque indécence à célébrer ainsi une découverte, qui se met d’abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l’homme ait fait preuve depuis des siècles. Que dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d’aucun contrôle, indifférent à la justice et au simple bonheur des hommes, la science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d’idéalisme impénitent, ne songera à s’en étonner.

      Les découvertes doivent être enregistrées, commentées selon ce qu’elles sont, annoncées au monde pour que l’homme ait une juste idée de son destin. Mais entourer ces terribles révélations d’une littérature pittoresque ou humoristique, c’est ce qui n’est pas supportable.

      Déjà, on ne respirait pas facilement dans un monde torturé. Voici qu’une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d’être définitive. On offre sans doute à l’humanité sa dernière chance. Et ce peut-être après tout le prétexte d’une édition spéciale. Mais ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence.

      Au reste, il est d’autres raisons d’accueillir avec réserve le roman d’anticipation que les journaux nous proposent. Quand on voit le rédacteur diplomatique de l’Agence Reuter* annoncer que cette invention rend caducs les traités ou périmées les décisions mêmes de Potsdam*, remarquer qu’il est indifférent que les Russes soient à Koenigsberg ou la Turquie aux Dardanelles, on ne peut se défendre de supposer à ce beau concert des intentions assez étrangères au désintéressement scientifique.

      Qu’on nous entende bien. Si les Japonais capitulent après la destruction d’Hiroshima et par l’effet de l’intimidation, nous nous en réjouirons. Mais nous nous refusons à tirer d’une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d’une véritable société internationale, où les grandes puissances n’auront pas de droits supérieurs aux petites et aux moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l’intelligence humaine, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État.

      Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison.


Japon: les équations du jour

25 mars 2011

Estimation du coût pour les compagnies d’assurance:

Séisme = entre 11 et 21 milliards $

Séisme + tsunami = entre 20 et 30 milliards $

Séisme + tsunami + radioactivité = scénario catastrophe

Hiroshima mon amour ou Fukushima mon désespoir.


H mon amour ou d’Hiroshima à Haiti

23 avril 2010

Haïti: le séisme a fait 2 fois plus de morts que la bombe atomique d’Hiroshima

Le séisme du 12 janvier en Haïti a fait entre 250 000 et 300 000 morts. «Il y a eu plus du double de morts ici qu’à l’occasion de la bombe atomique d’Hiroshima», où quelque 140 000 personnes sont décédées le 9 août 1945, ou dans les mois qui ont suivi.

Hiroshima, mon amour
Haiti, mon amour
Des grandes tragédies, il ne reste que l’espoir, Hope comme Haiti, Hope comme Hiroshima.



Doctrine nucléaire, les paroles d’Obama ne sont qu’un Oblabla de plus.

7 avril 2010

L’unique puissance à avoir fait usage à ce jour de la bombe atomique au lieu de s’en excuser et de s’engager à ne plus l’utiliser donne plutôt l’«assurance de sécurité négative».

Washington s’engage à ne pas utiliser son arsenal contre des Etats non nucléaires ayant signé le Traité de non-prolifération.
En gros n’ayez pas d’armes atomiques et ne m’embêtez pas et je vous ferais pas Hiroshima no 2.

L’avenir de l’homme et l’histoire humaine sont pleines d’imprévus que rien, mais rien ne garantit que les Etats Unis pourront tenir parole, si un beau jour pour une raison quelconque un événement majeur que nous ne pouvons imaginer aujourd’hui venait à se produire. Les paroles d’Obama ne sont qu’un Oblabla de plus.