Un homme, de Roth à Camus

4 juin 2018

Roth a 73 ans lorsqu’il publie « Un homme ».
Un homme, c’est vous, c’est moi, c’est l’experience du corps humain de la naissance à la mort. Retrospective:

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La mort …..

Le plus accablant, c’est de constater une fois encore la réalité écrasante de la mort.


mais auparavant …..

« Le terme de l’échéance te laisse tout loisir de t’angoisser quant à la catastrophe ultime! »

« 22 ans s’écoulèrent, 22 ans sans croiser l’adversaire qu’est la maladie, ni la catastrophe qui guette en coulisses ». On peut donc continuer à jouir de la vie.

La mélodie du bonheur …….

« Ils avaient passé un mois fabuleux à se baigner, à marcher, et à faire l’amour en toute liberté à toute heure du jour. Ils traversaient la baie à la nage pour gagner une chaine de dunes à l’abri des regards, et ils baisaient sous le soleil, puis se tiraient de leur torpeur, enfilaient leurs maillots et retraversaient la baie pour ramasser sur les rochers des grappes de moules qu’ils rapportaient dans un petit seau plein d’eau de mer et mangeaient le soir même. »

mais l’age faisant ….

« Il faut prendre la vie comme elle vient. Tenir bon, et prendre la vie comme elle vient. Il n’y a pas le choix. »

« C’est la douleur ou toi qui commande, choisis. »

« A moins que le meilleur de la vieillesse ne soit justement cette nostalgie de l’enfance. »

On retrouve donc dans ce roman les thémes récurrents de Roth, sexe, vieillesse, et religion bien sur…...

« Il avait cessé de prendre le judaisme au sérieux dès l’age de 13 ans. »

« La Religion était une imposture qu’il avait démasquée très tôt dans sa vie; elles lui déplaisaient toutes; il jugeait leur folklore superstitieux, absurde, infantile; il avait horreur de l’immaturité crasse qui les caractérisait, avec leur vocabulaire infantilisant, leur suffisance morale, et leurs ouailles, ces croyants avides.
Ce n’était pas lui qui serait dupe de ces balivernes sur la mort et sur Dieu, ou de ces fantasmes de paradis d’un autre âge. Il n’y avait que le corps, né pour vivre et mourir selon des termes décidés par les corps nés et morts avant nous. »

Avec « Un homme » Roth a touché juste, là precisement sur ce qui nous terrifie tous: la mort, mais en attendant dit-il vivons, prenons notre sort en main, avec courage et sans le parapluie des superstitions et religions.
J’ai l’impression de retrouver Albert Camus.


Le centenaire d’Albert Camus, le mythe de Sisyphe ou le traité sur l’absurde (1)

19 octobre 2013

100 ans, 100 ans deja, 100 ans c’est l’âge qu’aurait pu avoir faute d’un absurde accident d’auto, ce maître, ce génie, tous les qualificatifs sont insignifiants face à la valeur universelle du maitre Albert Camus.
Pour ce centenaire je me suis remis à relire Camus, pour mieux comprendre aussi pourquoi très jeune au lycee je me suis identifié à ses idées, ces idées ne m’ont d’ailleurs jamais lâché et inconsciemment ou pas l’absurde de la vie me colle et ne me quitte pas.
La meilleure analyse sur la philosophie de Camus se trouve dans le Lagarde & Michard, encore la preuve que nos manuels scolaires de l’époque avaient une force qui nous a étè communiqué par nos professeurs de francais et de philosophie.
En lisant Lagarde & Michard je n’ai rien à ajouter, tout est dit, tout est bien dit.


Mais je reviens à Camus et quelques citations relevées dans son traité sur l’absurde Le sens de la vie est la plus pressante des questions.

Un monde qu’on peut expliquer même avec des mauvaises raisons est un monde familier. Mais au contraire, dans un univers soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent un étranger. Cet exil est sans recours puisqu’il est privé des souvenirs d’une patrie perdue ou de l’espoir d’une terre promise.

Il est toujours aisé d’être logique. Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout.

Il est probablement vrai qu’un homme nous demeure à jamais inconnu et qu’il y a en lui quelque chose d’irréductible qui nous échappe.

Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu’il m’est impossible pour le moment de le connaitre.

Il s’agissait précédemment de savoir si la vie devait avoir un sens pour être vecue. Il apparait ici au contraire qu’elle sera d’autant mieux vécue qu’elle n’aura pas de sens.

Je comprends alors pourquoi les doctrines qui m’expliquent tout m’affaiblissent en même temps. Elles me déchargent du poids de ma propre vie et il faut bien pourtant que je le porte seul.

Savoir si l’homme est libre commande qu’on sache s’il peut avoir un maitre. …. Car devant Dieu, il y a moins un problème de la liberté qu’un problème du mal.
On connait l’alternative: ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables mais Dieu n’est pas tout puissant.

Je tire ainsi de l’absurde trois conséquences qui sont ma révolte, ma liberté et ma passion.

Mais il n’y a qu’un monde. Le bonheur et l’absurde sont deux fils de la même terre.


Vivons, vivons l’absurde mais soyons heureux autant que possible. Merci Camus, ta philosophie est toujours d’actualité même si le monde a énormément changé depuis que tu nous a quitté.

PS: la lecture de l’essai sur l’absurde demande un effort intellectuel et de concentration, donc pour les esprits zen ou pressés ou stressés du XXIieme siecle, il suffit de lire le chapitre se référant à Sisyphe uniquement, tout y est dit.