« J’ai commencé ma vie dans l’horreur »

Le premier combat de Simone Jacob alias Simone Veil fut celui de la survie, contre l’entreprise de mort de la Shoah. Elle le résuma d’une formule, terrible et pudique: «J’ai commencé ma vie dans l’horreur.»
Horreur, à 16 ans, de l’arrestation par la police allemande, du transfert à Drancy et de la déportation, avec sa mère et l’une de ses sœurs, vers les camps de la mort nazis, Auschwitz-Birkenau, Bobrek, Bergen-Belsen. Avril 1944-avril 1945, un an de calvaire. Sa mère y périt. Simone Jacob et ses deux sœurs y survécurent. Elle en garda le matricule 78651, indélébile, sur le bras gauche. Elle ne sut jamais où étaient morts son père et son frère.

Aprés cela, plus rien ne compte. Je comprends donc que Simone Veil se soit definit comme une athée. Je comprends moins sa fuite du judaisme et de l’Etat d’Israel. Mais face à l’horreur nazie ne recherchons pas la logique des victimes.

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L’hommage de son fils:
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Et puis, il y eut ce voyage à Auschwitz-Birkenau en décembre 2004. Toi, deux de tes fils et les plus âgés de tes petits-enfants. Nicolas n’avait pas eu envie de venir. Tu nous montras le camp des hommes et celui des femmes, tu nous indiquas les emplacements de l’hôtel, celui des chambres à gaz et des fours crématoires…

Tu nous expliquas le voyage dans les wagons à bestiaux avec les pleurs des enfants, l’arrivée sur la rampe, la terreur provoquée par la violence gratuite des SS, le tri par Mengele [le médecin officier SS qui effectuait la ‘sélection’ à l’arrivée dans le camp entre ceux qu’il jugeait ‘inaptes’ au travail et les autres, NDLR], la tonte des cheveux, le tatouage des numéros faisant de vous des ‘stücks’ [morceau, pièce comptable, terme utilisé dans les camps par les nazis pour désigner les détenus], le manque de sommeil, la faim, le froid, la promiscuité, la saleté, l’odeur pestilentielle des corps qui brûlent, les cendres noires rejetées par les fumées des fours crématoires, les latrines communes, seuls lieux de quiétude car désertées par les SS du fait de l’effroyable puanteur des lieux, le travail des Sonderkommandos, l’arrivée des 450.000 juifs hongrois, au printemps 1944, assassinés avant même d’entrer dans le camp…

Tu nous fis les honneurs de ton block, baraque qui n’a pas été détruite et tu nous montras la coya, ces chalets de trois étages constitués de planches de bois disjointes où vous pouviez à quatre ou cinq essayer de vous agglutiner pour tenter de vous assoupir entre les trop fréquents appels nocturnes.

Tu nous avais déjà raconté les marches de la mort et la mort de ta mère que tu adorais, et que tu n’as pas revue en rentrant des travaux forcés.

Rappelant cela, on comprend pourquoi papa résumait avec l’extrême pudeur qui était la sienne la réserve de ton comportement et ton regard, comme les stigmates d’un vécu, d’une ‘tragédie indélébile’.

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