A la table des hommes

Babel qui est au centre du roman de Sylvie Germain rappelle beaucoup ‘l‘Enfant sauvage‘ du film de François Truffaut. Il est, par nature trés proche des animaux, s’identifie pleinement en eux, subit de mauvais traitements des humains et leur porte un regard méfiant et tragique.
«Ce qu’il n’ignorera plus, c’est combien il lui faudra désormais se méfier de tout animal ayant odeur de mâle humain.»

« La compagnie de la corneille, et celle des bêtes qu’il croisait, parfois côtoyait dans la forêt, lui manquent d’un coup terriblement. Jamais, auprès d’elles, il n’a connu l’angoisse, la méfiance, la déception ou la solitude, si l’une est hostile, agressive, la menace est manifeste, si l’une se laisse approcher, amadouer, son innocuité est réelle, elles ne feignent pas, ne trichent pas. Jamais surtout il n’a souffert de ne pas partager à égalité leurs langages faits de sons, de chants, de cris, ce qu’il en entendait et en devinait lui suffisait. Avec les humains, rien de tel, tout est toujours compliqué, équivoque, et souvent inquiétant.”

Les animaux sont et seront toujours les victimes de l’homme,  d’ailleurs cela commence par ….. “la paresseuse habitude qui consiste à s’insulter mutuellement à coups de noms d’animaux, fils de chien, sale punaise, peau de vache, poule mouillée, gueule de rat, vieille chouette, gros porc, face de crabe, grande bécasse ou pauvre dinde, vipère”
«A la table des hommes » est donc un requisitoire des animaux contre l’homme.

“Les animaux et les humains, quelle que soit leur parenté, ne peuvent pas être confondus et tomber sous les mêmes jugements, les premiers vivent en paix avec leur finitude, en droite conformité à leurs instincts, en plein accord avec le monde, ils vivent la vie en plénitude, les seconds, taraudés par l’idée d’infini, sont en lutte avec leur finitude, en conflit constant avec leurs instincts qui n’en prennent pas moins le dessus la plupart du temps, en violent désaccord avec le monde, ils vivent la vie par à-coups plus ou moins réussis. Les premiers n’ont ni mérite ni tort à être doux ou sauvages, innocents ou nuisibles, les seconds sont responsables de leur malveillance, de leur malfaisance, de leurs perversités, de leurs crimes. Abel se sait humain et se veut tel, mais il sent battre en lui un sang commun à tout vivant.”

“La guerre les a saisis, corps et âme, extirpant des bas-fonds de leur être une capacité de haine et de cruauté qu’ils ignoraient porter »

“Les hommes sont malades de rivalité, de gloire et de puissance, qu’ils ont la frénésie de tuer et de s’entre-tuer.”

“Il fustige les religions, trop souvent causes d’intolérance, de violence s’envenimant en tueries”a-la-table-des-hommes-sylvie-germain_5563935

“Le problème n’est pas que le monde ne tourne pas rond, déclare Clovis, il ne l’a jamais fait et ne le fera jamais, mais plutôt qu’il s’acharne, précisément, à tourner en rond, en vrille folle sur lui-même, toupie ventrue gavée de sang et de fureur, ivre de ses propres cris et vrombissements, siècle après siècle, continûment. Chaque révolution est une tentative pour arrêter cette rotation forcenée, faire dévier le mouvement, orienter l’Histoire autrement, mais la pesanteur est telle que la toupie reprend son increvable giration et à mesure elle broie les espoirs, les promesses, les inédits de justice, les élans de liberté apportés par ces soulèvements.”

“Que la guerre est une passion congénitale de l’humanité, elle ne cesse jamais sur la terre, pas un jour, pas une heure, elle se déplace, c’est tout, elle change de lieu, de forme, de prétextes, d’armement, de stratégie, d’intensité, de durée, de ceci de cela, mais le résultat est toujours pareil, des tombereaux de morts, des flopées d’infirmes, des hordes d’endeuillés, des ruines à profusion, du malheur à l’excès et de la haine à foison qui fermente longtemps après la fin des combats, bonne à se réinjecter dans un prochain conflit.”

 

 

 

Mais au fond, rien n’a changé quant au mépris et à la suspicion des humains à l’égard des bêtes, ni à la cruauté désinvolte qu’ils exercent à leur encontre, aujourd’hui encore un regard vers les horreurs des camps de concentration des poulaillers et des méthodes appliquées dans les abattoirs de vaches en est la preuve horrifiante.

C’est dire que si l’homme veut changer vis a vis de son prochain , il doit d’abord se rendre plus humain envers les animaux, les comprendre, les imiter pour s’ameliorer.
Son salut est entre les mains des animaux, telle est la lecon que Sylvie Germain nous propose dans un style humain, accusateur certes mais optimiste malgré tout.
Au debut du roman, on se dit tiens c’est une histoire sur les bêtes , on veut refermer le livre mais trés vite on sent que ces animaux sont moins nocifs que les hommes et que dans notre interet on ferait bien de les ecouter, ils sont là et Sylvie Germain par son style et sa comprehension des animaux reussit à les mettre à notre niveau, à notre table, la table des hommes. Aujourd’hui au XXI eme siécle retrograde on peut se dire que  « si l’homme prenait exemple du comportement des animaux, nous aurions tous droit à un monde meilleur »

 

 

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