David Messas, mon directeur au lycée

La mort du grand rabbin de Paris, David.Messas me ramène 48 ans en arrière à l’été 1963, dans la cosmopolite ville de Casablanca.
J’avais terminé l’école primaire de l’école du Centre, et il fallait dans une semaine entrer au lycée,j’avais choisi le lycée Lyautey. La famille, ma tante Lucie me prédisaient un bel avenir, j’étais doué disait elle. Moi, je ne sentais rien si ce n’est un immense désir de lire, de resoudre des équations et de connaitre le monde.
Mais mon père en décida autrement, ce sera pour lui le lycée yechivah ou l’on joignait culture et traditions, comme cela pouvait être l’école des soeurs Jeanne d’Arc pour un francais chrétien de Casa, ou un lycée moderne d’arabes musulmans ou Coran et Descartes pouvaient s’enseigner ensembles. Quand au lycée Lyautey de l’époque, c’était la ou Karim, Jean et Sion pouvaient laiquement se retrouver et avancer vers science et modernité.

Mon père décida pour moi, malgré mes pleurs et mes supplications il m’amena un vendredi après midi du mois d’aout vers la villa du grand rabbin du Maroc, Shalom Messas. Ma mère me calmait en me racontant que plusieurs années auparavant la famille Messas était leur voisin de palier et de très proches amis.

Et nous voila, mon père et moi un peu avant Shabbat sonnant chez la famille Messas, une servante nous ouvre et quelques minutes plus tard descend David Messas, ce n’était pas encore ni le rav, ni le rabbbin, ni le grand rabbbin, mais tout simplement David.
J’étais gêné et contre cette demarche car déjà très jeune j’avais connu la tyrannie religieuse meme si ce n’était que quelques heures par semaine, mais la, 1re surprise, un homme jeune, d’environ 25 -30 ans, plutot beau gosse, cheveux grisonnants couleur argent, et en short est devant nous. Surprise ce n’était pas l’image que je faisais de la religion et du religieux. Mon père explique mon cas, David va chercher un cahier, il inscrit mon nom, me pose quelques questions. Aujourd’hui je ne saurais dire lesquelles, et me voila accepté au lycee yechivah de la rue Franklin de Casablanca, un lycee yeshiva dans une rue calme et cosmopolite ou Jaguars et jolies blondes francaises cotoient des jeunes juifs recherchant tradition et modernité.

Malgré son nom le lycee yechiva nous laissait la liberté de choisir, on ne se couvrait la tête qu’en cours de religions, de thora, de rachi et à la sortie passée la rue Franklin nous retirions librement notre kippa.
Le lycee yechiva, David Messas à sa tête c’était la philosophie du monde moderne analysée avec l’esprit de Descartes et Rachi en même temps.

3 mois plus tard, étais intégré au système mais oh rage j’étais premier en math, premier en dissertation, premier en histoire, le prix d’excellence me revenait mais je recus la mention réservée au tableau d’honneur car étais parmi les derniers si ce n’est le dernier dans les matières religieuses, cela devait être inconsciement ma reponse à mon père, mais David Messas en bon psychologue pédagogique l’avait certainement compris puisque lors de la distribution des carnets de note il me dit « rien n’est perdu, ton tableau est réservé, un petit effort en thora et tu en est capable, et tu auras le trimestre prochain ton tableau d’excellence« . Par la raison, par la volonté, par la logique et le travail, il reussissait à former les jeunes esprits que nous étions. Culture et traditions cela allait de soi, c’était son leitmotif.

La guerre des six jours me fera quitter précipitamment le lycée yechiva, David Messas et Casa pour Strasbourg.
Je ne l’ai pas revu depuis même si j’ai suivi de loin son ascencion, de directeur de l’école Maimonide à grand rabbin de Paris, mais son esprit, sa conception du monde moderne m’ont marqué a jamais même si j’ai quitté la religion depuis longtemps non pas a cause de la religion mais a cause des religieux modernes et integristes qui sont l’antithèse de David Messas ,d’un véritable religieux qui joint et je le répète culture et traditions.
Merci au grand rabbin David Messas,
Iye Zriho Barukh.

One Response to David Messas, mon directeur au lycée

  1. David Dadonn(Dadoun) dit :

    cela m`a emu de lire le temoignage de Gerard Rouah. J`ai pratiquement suivi le meme parcours.Ma famille a demenage de Marrakech a Casablanca en 1962 et mon pere, qui n`avait pas une notion tres claire du milieu scolaire a demande conseil a un ami plus ou moins rabin,Mr Bouskila, qui m`a pris par la main et m`a conduit au lycee yeshiva de la rue franklin.j`avais a l`epoque 13 ans et demie et je n`avais pas encore mon mot a dire. j`ai eu la meme impression de notre directeur David Messas, jeune,mince et toujours en costume élégant et qui parlait tres vite avec un large sourire et quelques postillons. je l´appréciais beaucoup mais celui qui m´a marque , c`est le prof de français, Jean Pierre Kofel que j ai retrouve 30 ans plus tard a Rabat lorsque j´etais en poste comme chef du bureau de liaison d´israel au Maroc des sa création en 1994, jusqu`a 1998.
    Aujourd`hui je suis ambassadeur d´Israel au Chili

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