Guerre et Paix au Proche Orient: nouvelles donnes

J ‘ai trouvé sur le web une conférence d’ Elie Barnavi sur le thème “Guerre et Paix au Proche Orient: nouvelles donnes?”.
Cette conference résume bel et bien la situation telle que je la vois (à la seule différence que je n’accorde pas trop de crédit à Obama pour résoudre les problèmes et conflits sur notre Terre) , je reproduis donc cette synthèse.

Elie Barnavi introduit son exposé en dressant d’emblée un tableau fort sombre de la situation au Proche-Orient, laissant à penser que cette région du monde est bien au fond du gouffre. Seules perspectives positives : l’administration Obama, le projet d’Union pour la Méditerranée et l’initiative saoudienne de 2002.

Il propose en ouverture de son propos une approche intéressante tendant à démystifier l’idée que le conflit israélo-palestinien polarise tous les conflits de la zone. Certes, le conflit pèse lourdement sur la stabilité de la scène internationale, il est extrêmement complexe et met en jeu de nombreux acteurs. Il faut noter néanmoins qu’il reste indépendant des conflits en Afghanistan, au Cachemire, en Iran ou par les Kurdes. L’ancien ambassadeur d’Israël en France ne cache pas son scepticisme quant au retour de la paix dans le monde suite au règlement du seul conflit israélo-palestinien.

Dans une première partie, Elie Barnavi montre que, derrière l’agitation, parfois sanglante, dans laquelle est plongé le Proche-Orient, il fait du sur-place. Tel est le paradoxe proche-oriental. Jamais peut-être dans l’histoire, il n’y eut un tel accord sur l’inéluctable issue d’un conflit : les opinions publiques sur place sont prêtes aux compromis nécessaires, l’essentiel des classes politiques aussi et le consensus international, incarné par le quartet (UE, Russie, ONU, Etats-Unis), est absolu. Et pourtant, rien ne se passe. Pourquoi ? Essentiellement à cause de la faiblesse intrinsèque des parties, qui les rend incapables de résoudre seules le conflit qui les oppose : faiblesse palestinienne, illustrée par la guerre civile latente entre l’Autorité palestinienne de Ramallah et le gouvernement Hamas de Gaza ; et faiblesse israélienne, due à un système politique incapable de dégager une majorité stable.

Dans une seconde partie, l’intervenant énumère trois éléments positifs, sur lesquels on pourrait fonder un règlement possible.

– Le premier élément est précisément l’existence d’un consensus général sur ce qui doit être fait. En effet, le monde entier semble d’accord sur les grandes lignes d’un accord : la rétrocession des territoires conquis en 1967 et la création d’un État palestinien viable ; la division de Jérusalem selon le principe « ce qui est juif à Israël, ce qui est arabe à la Palestine ; et le règlement de la question problématique des réfugiés.

Or, une solution ne semble possible que si les acteurs prennent en compte les limites infranchissables de chacun, les lignes rouges de l’adversaire : le « droit au retour » des réfugiés palestiniens pour Israël ; la perpétuation du contrôle de l’esplanade des mosquées par Israël, pour les Palestiniens.

Quant à l’éventualité d’un Etat binational, elle reste impossible aux yeux de Monsieur Barnavi qui estime qu’elle serait la porte ouverte à la guerre civile et à l’apartheid. Ceux qui, en Europe ou ailleurs, favorisent cette « solution » sont des irresponsables.

– Deuxième élément qui incite à un certain optimisme : l’extraordinaire configuration diplomatique régionale. Il existe désormais, en effet, face à la montée en puissance de l’Iran chiite, une alliance objective des Etats arabes sunnites – Arabie saoudite, Jordanie, Égypte – et d’Israël. L’initiative de paix saoudienne de 2002, endossée par l’ensemble des pays de la Ligue arabe ne s’explique pas autrement, de même que l’appui en sous-main de ces pays à l’État hébreu lors des deux opérations militaires du Liban et de Gaza.

– Le troisième élément positif est évidemment le récent changement de l’administration américaine. L’élection d’Obama a en effet suscité une vague d’espoir et d’enthousiasme sans précédent. Or, étant donné la faiblesse des acteurs sur le terrain, seule une intervention déterminée des Etats-Unis est susceptible de mettre fin au conflit, en leur imposant, sinon les termes d’un accord, du moins le cadre d’un accord. Divisée et incapable de parler d’une seule voix, l’Europe diplomatique ne peut jouer ce rôle de médiateur. La tâche revient alors aux Etats-Unis, face auxquels aucun gouvernement israélien ne peut tenir tête. Barack Obama a donc plusieurs cartes en main et, chose nouvelle, semble vouloir les jouer.

Il lui faudra néanmoins éviter plusieurs pièges que les administrations précédentes n’ont pas su déjouer : attendre le second mandat, voire la fin du second mandat ; hésiter à faire pression sur les parties, notamment en affrontant le lobby juif américain ; négliger de mobiliser les États arabes dans l’effort de paix.

La dernière partie de l’exposé pourrait s’intituler ainsi « Et si rien ne se passait ? » Eh bien, si aucun accord n’est conclu prochainement, le risque est grand qu’il n’y ait plus d’accord possible. Car sur le terrain, la situation évolue – colonisation d’un côté, radicalisation islamiste de l’autre. Bientôt, il n’y aura plus rien à négocier.

Elie Barnavi achève son discours par une ouverture sur l’Iran – un pays moins puissant et uni qu’on ne le dit, mais dont la capacité de nuisance est considérable. L’approche de Barack Obama est la bonne : première phase, la négociation sans préalable ; deuxième phase, au cas (probable) où la négociation échouerait – le renforcement des sanctions ; troisième phase, au cas où le régime des sanctions lui-même n’obtiendrait pas les résultats escomptés (notamment à cause des réticences chinoises et russes) – l’apocalypse des frappes aériennes. Avec toutes les conséquences que l’on peut imaginer…
Source: Israel Valley

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